Par Denise Kyalwahi
En marge d'une formation des négociateurs sur le climat organisée à Nairobi par AGNES, l'expert congolais en justice climatique Jean-Paul Bya'undaombe Longye plaide pour des financements concrets en faveur des communautés touchées par les pertes et préjudices climatiques. Prenant part à ladite formation, il appelle les pays à transformer leurs engagements financiers en paiements effectifs.
« Aujourd'hui, nous ne demandons pas la charité. Nous réclamons la justice climatique, la responsabilité et des financements concrets pour les populations affectées », insiste Jean-Paul Bya'undaombe Longye, expert congolais en justice climatique.
À travers son analyse intitulée Des promesses aux paiements : notre combat pour la justice climatique, il met en lumière le fossé entre les engagements internationaux et les besoins des communautés confrontées aux conséquences du changement climatique.
Des engagements encore insuffisants
Pour illustrer cette situation, l'expert invite à imaginer un village subitement inondé, des champs détruits et une école ensevelie sous les eaux. En quelques heures, des familles peuvent perdre leur logement, leurs moyens de subsistance et leurs perspectives d'avenir.
Pour ces populations, la catastrophe ne s'arrête pas au sinistre. Elles doivent également trouver les moyens de reconstruire leurs maisons, de relancer leurs activités agricoles et de rétablir les services essentiels.
« Je porte une voix, celle des jeunes et des communautés vulnérables qui subissent les conséquences d'une crise climatique qu'ils ont le moins contribué à provoquer », souligne-t-il.
La question du financement des pertes et préjudices a progressivement pris une place importante dans les négociations internationales sur le climat. À la COP26, à Glasgow, les pays en développement ont réclamé la création d'un fonds spécifique. À la COP27, en Égypte, les États ont convenu de créer ce mécanisme, avant de le rendre opérationnel à la COP28, à Dubaï.
Cependant, pour Jean-Paul Bya'undaombe Longye, la mise en place du fonds ne suffit pas. Les engagements financiers doivent se traduire par des ressources effectivement disponibles pour les communautés touchées.
« Une promesse n'est pas un paiement. Une promesse ne reconstruit pas une école. Un engagement ne restitue pas à un agriculteur sa récolte perdue », rappelle-t-il.
Privilégier les dons plutôt que les prêts
L'expert pointe également les difficultés liées à la nature des financements climatiques, souvent accordés sous forme de prêts. Cette approche risque, selon lui, d'alourdir l'endettement des pays déjà fragilisés par les catastrophes climatiques.
Il plaide pour des financements adéquats, prévisibles et accessibles, principalement sous forme de dons, afin d'éviter que les populations vulnérables supportent une charge financière supplémentaire pour faire face aux conséquences du changement climatique.
À la COP29, organisée à Bakou, en Azerbaïdjan, les pays ont convenu d'un nouvel objectif de financement climatique d'au moins 300 milliards de dollars par an d'ici 2035, dans le cadre d'un effort plus large visant à mobiliser 1 300 milliards de dollars par an.
Pour les défenseurs de la justice climatique, ces engagements doivent néanmoins répondre aux besoins réels des pays en développement, notamment ceux dont les communautés subissent des inondations, des sécheresses et d'autres phénomènes climatiques extrêmes.
À la COP30, à Belém, au Brésil, le Fonds pour les pertes et préjudices a lancé son premier appel à propositions, doté d'une enveloppe initiale de 250 millions de dollars. Une avancée que l'expert juge insuffisante au regard de l'ampleur des dommages subis par les populations.
Des pertes et préjudices ne sont pas de simples statistiques »
En tant que jeune membre de la LDYC et défenseur de la justice climatique, Jean-Paul Bya'undaombe Longye appelle à une meilleure prise en compte des responsabilités historiques dans le financement des conséquences du changement climatique.
Il demande que les engagements internationaux se traduisent par des ressources concrètes, directement accessibles aux communautés affectées, sans obstacles administratifs injustifiés.
« Si vous n'avez pas allumé le feu, pourquoi devriez-vous payer la facture pour survivre à l'incendie ? », interroge-t-il pour dénoncer ce qu'il considère comme une injustice envers les populations ayant le moins contribué à la crise climatique.
À l'approche de la COP31, prévue à Antalya, en Türkiye, son message s'adresse aux dirigeants mondiaux et aux négociateurs climatiques : les mécanismes de financement doivent dépasser le stade des annonces pour produire des effets tangibles sur le terrain.
Pour lui, les inondations, les sécheresses et les pertes de moyens de subsistance ne peuvent attendre la fin des négociations diplomatiques.
« Assez de promesses non tenues ! Assez de retards ! Assez de dettes imposées aux populations vulnérables ! », lance-t-il.
Au-delà des montants annoncés, le débat porte sur la responsabilité, la dignité et la capacité des communautés à reconstruire leur vie après une catastrophe climatique.
« À la COP31, passons des promesses aux paiements ! », conclut l'expert, rappelant que derrière chaque perte climatique se trouvent des familles, des communautés et des avenirs menacés.