Par Prosper Buhuru
En marge de la 61ᵉ session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, le ministre congolais des Droits humains, Samuel Mbemba, a pris la parole avec une fermeté sans détour. Devant la presse et les délégations internationales, il a dénoncé l’inaction du système international face aux atrocités qui frappent quotidiennement la population de l’est de la République démocratique du Congo.
Les chiffres présentés sont édifiants : plus de 17 000 violations graves des droits humains recensées, près de 15 000 morts et environ huit millions de déplacés. Exécutions sommaires, violences sexuelles systématiques, disparitions forcées, arrestations arbitraires et pillages … autant de faits qui dépassent la simple violation des droits humains pour constituer des crimes de guerre au regard du droit international humanitaire.
« Assez de déclarations, il est temps d’agir ! », a lancé le ministre, ne se limitant pas à un appel moral.
S’adressant à des organisations telles que l’Association des femmes de l’Ituri, le CIRAC, le REFORMAF, le CORPUS ou la RADHO, il a posé une question directe : à quoi sert le système international de protection des droits humains si rien n’empêche la répétition de crimes massifs contre les populations civiles ?
Face à cette situation, le Gouvernement congolais demande la création d’une commission d’enquête internationale indépendante par le Conseil des droits de l’homme, chargée de documenter les faits, identifier les responsables et préserver les preuves. Des experts soulignent que la question pourrait également être portée devant le Conseil de sécurité des Nations unies, en vertu du chapitre VII de la Charte, ou traitée par la Cour pénale internationale pour qualifier juridiquement les crimes et poursuivre les auteurs. Le principe de compétence universelle pourrait même permettre à certains États de poursuivre les auteurs présents sur leur territoire.
En pointant la responsabilité du Rwanda et de son bras armé, le M23-AFC, la RDC met la communauté internationale face à ses obligations. Un ancien diplomate n’hésite pas à rappeler que si l’intégrité territoriale d’un État peut être contestée sans conséquences, alors le principe même de souveraineté inscrit dans la Charte des Nations unies est fragilisé.
À trois semaines du dialogue interactif prévu à Genève, le ministre Mbemba mise également sur la diaspora congolaise comme levier stratégique. Elle sera sollicitée pour documenter les violations, transmettre des preuves crédibles, produire des rapports alternatifs et influencer les délégations nationales à travers un plaidoyer structuré. La coordination avec la Mission permanente de la RDC à Genève vise à construire une stratégie cohérente et efficace, capable d’amplifier l’impact des interventions congolaises sur la scène internationale.
Pour Samuel Mbemba, l’objectif est clair : faire du respect des droits humains une exigence incontournable et rappeler que l’inaction internationale n’est plus tolérable face aux souffrances de millions de Congolais dans l’est du pays.