Par Serge Mavungu
La Première Ministre Judith Suminwa Tuluka, a ouvert, mardi 28 avril 2026, à Kinshasa, un forum politique de haut niveau dédié au financement durable de l’éducation. Objectif affiché : repenser le modèle économique de la gratuité de l’enseignement primaire, dix ans après le lancement de la Stratégie sectorielle de l’éducation et de la formation (SSEF 2016-2025).
Un bilan contrasté après dix ans de gratuité
Portée par le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, la gratuité de l’enseignement primaire a permis une scolarisation massive entre 2019 et 2025. Des millions d’enfants ont intégré les bancs de l’école, replaçant l’éducation au cœur du pacte républicain.
Mais cette expansion rapide a révélé d’importantes failles : manque d’infrastructures, enseignants mal rémunérés et peu encadrés, faible qualité des apprentissages et persistance des inégalités. Le système a grandi sans consolider ses fondations.

Vers une stratégie 2026-2030 plus performante
Pour la République démocratique du Congo, (RDC), l’heure est au changement de cap. La prochaine stratégie 2026-2030 veut transformer un système en forte croissance en un dispositif équitable, performant et résilient.
« Comment garantir des ressources stables pour une éducation inclusive et de qualité ? », a lancé Judith Suminwa.
Pour la Première ministre, l’enjeu dépasse le montant des budgets : il faut aussi mieux dépenser, mieux prioriser et mieux aligner les financements.
Trois axes guideront l’action gouvernementale : pérenniser la gratuité, orienter les investissements vers la formation professionnelle, la recherche et l’innovation, puis diversifier les ressources en associant le secteur privé et en créant des mécanismes de financement novateurs.
« L’éducation conditionne notre souveraineté, notre stabilité et notre transformation économique », a martelé la Cheffe du Gouvernement.
Raïssa Malu : « Piloter l’éducation comme un investissement »
La ministre d’État à l’Éducation nationale, Raïssa Malu, a reconnu les effets positifs de la gratuité, mais aussi la pression qu’elle exerce sur le système. Elle pointe un sous-financement chronique, une dispersion des ressources et une difficulté à déployer les projets pilotes à grande échelle.

Son message : changer de logique. « Financer l’éducation, ce n’est plus couvrir une dépense. C’est piloter un investissement », a-t-elle déclaré. Cela suppose des choix clairs, une meilleure coordination des acteurs et une culture du résultat.
Les quatre chantiers prioritaires
Le segment politique a retenu quatre grandes priorités pour les cinq prochaines années. Il s’agit d’abord de consolider la gratuité de l’enseignement primaire tout en étudiant son extension progressive à d’autres niveaux. Il faudra ensuite renforcer l’efficacité et la redevabilité dans l’usage des fonds alloués au secteur. Le Gouvernement veut aussi donner un coup d’accélérateur à la formation professionnelle et à l’alphabétisation. Enfin, un accent particulier sera mis sur le soutien à la recherche, à l’innovation et aux filières scientifiques.
Au-delà des constats, Kinshasa veut désormais poser des actes. La future Stratégie intérimaire 2026-2030 devra allier ambition et réalisme, avec des priorités lisibles et des résultats mesurables.
L’enjeu est de taille : réussir la transformation du capital humain congolais, conformément au 4ᵉ pilier du Programme d’actions du Gouvernement qui promeut un système éducatif performant, inclusif et équitable.