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Procès FRIVAO : plus de 34,6 millions USD de marchés publics dans le viseur de la justice

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Ouverture du procès FRIVAO : l’ancien coordonnateur Chançard Bolukola face aux juges [photo d’illustration]
Ouverture du procès FRIVAO : l’ancien coordonnateur Chançard Bolukola face aux juges [photo d’illustration]

Par Patrick Kitoko 

Le CREFDL -Centre de recherche en finances publiques et développement local- a appelé la justice congolaise à récupérer plus de 34,6 millions de dollars américains issus de marchés publics jugés irréguliers, attribués par le FRIVAO -Fonds spécial de répartition et d’indemnisation en faveur des victimes des activités illicites de l’Ouganda- entre 2022 et 2025.

Cette prise de position intervient dans un contexte judiciaire sensible, marqué par l’ouverture, le 21 avril, du procès de l’ancien coordonnateur du FRIVAO, Chançard Bolukola, devant la Cour de cassation. Arrêté en juillet 2025, ce dernier est poursuivi pour détournement présumé de fonds destinés aux victimes de Kisangani, ainsi que pour violation des règles relatives aux marchés publics.

Dans son communiqué, le CREFDL dénonce plusieurs paiements effectués en dehors des procédures légales, pointant du doigt une gestion qualifiée d’opaque. Parmi les bénéficiaires figurent aussi bien des entreprises publiques que privées. Le centre cite notamment : CONGO ENERGY, qui aurait perçu 14,9 millions USD pour la réhabilitation de la centrale de la Tshopo ; la SNEL, bénéficiaire de 9 millions USD pour le système électrique de Kisangani ; l’ICCN, qui aurait reçu 4 millions USD contre une demande initiale de 767 564 USD ; DIVO SARL, à qui 512 000 USD auraient été versés pour la réalisation d’un documentaire, avec des soupçons d’extorsion partielle en 2025 ;

ainsi que d’autres paiements qualifiés de douteux à des sociétés comme GLOBAL ASSURANCE SERVICES (2 millions USD) ou HOTEL ZAMBEKE (1,5 million USD). Au total, le montant des marchés irréguliers est estimé à 34 637 955,66 USD.

La première audience du procès a également mis en lumière l’existence présumée de sociétés fictives. La juge présidente a notamment relevé l’absence d’informations fiables concernant l’identité et la localisation de certaines entreprises bénéficiaires. Interrogé à ce sujet, Chançard Bolukola s’est montré imprécis, évoquant une entreprise située « non loin de ShowBuzz, à Socimat », sans pouvoir fournir d’adresse exacte ni identifier ses responsables.

Le FRIVAO s’inscrit dans le cadre de l’indemnisation versée par l’Ouganda à la République Démocratique du Congo, à hauteur de 325 millions USD, en réparation des exactions commises entre 1998 et 2003 lors de la guerre de six jours à Kisangani. Une première tranche de 194 millions USD avait été versée en septembre 2022.

 

Alors que la prochaine audience est attendue le 24 avril, l’affaire prend une nouvelle tournure. Le ministre d’État en charge de la Justice a instruit le Procureur général près la Cour de cassation d’ouvrir des enquêtes supplémentaires concernant le FRIVAO et l’ICCN -Institut congolais pour la conservation de la nature-. Selon un rapport de l’IGF -Inspection générale des finances- , un écart de 3,3 millions USD a été constaté dans un projet de réhabilitation du jardin zoologique et botanique de Kisangani. Alors que 700 000 USD avaient été initialement sollicités, 4 millions USD auraient été décaissés. Le document évoque également des anomalies dans l’exécution des travaux, des écarts entre les montants engagés et les réalisations, ainsi que de graves lacunes en matière de contrôle et de traçabilité.

Pour le CREFDL, ces investigations doivent être élargies à l’ensemble des fonds perçus depuis 2022, avec pour objectif la confiscation et le reversement au Trésor public des montants indûment utilisés.

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Jeudi 23 avril 2026 - 21:49