Par Serge Mavungu
Dans un discours exceptionnellement attendu ce vendredi 23 mai 2024, l’ancien président de la République Joseph Kabila a brisé un long silence pour livrer un diagnostic sévère de la situation actuelle en RDC- République démocratique du Congo-. L’un des passages les plus marquants de son intervention concerne la marginalisation croissante de certaines communautés linguistiques, notamment les swahiliphones, dans les institutions de sécurité du pays.
L’ex-chef de l’État a accusé le régime actuel de s’adonner à des pratiques discriminatoires dans la gestion de l’armée et des services de sécurité. Selon lui, "des agents de l’ordre et de sécurité majoritairement swahiliphones" sont victimes d’emprisonnements sans jugement, illustrant une dérive préoccupante dans la gouvernance sécuritaire.
"Cette déliquescence de la situation sécuritaire est due à la mauvaise gouvernance caractérisée, par une formation militaire bâclée ; des recrutements et mises en place ethniquement motivés", a affirmé Kabila, qui a dirigé le pays de 2001 à 2019. Il a dénoncé l’abandon d’une armée nationale républicaine au profit de groupes armés et de mercenaires, au détriment de la cohésion et de l’intégrité des forces régulières.
Joseph Kabila s’est montré particulièrement solidaire des populations de l’Est du pays, dont une majorité est swahiliphone, évoquant une forme de "punition" orchestrée par le pouvoir central. Il a fustigé la déconnexion des institutions financières locales du réseau bancaire national et la restriction de la libre circulation des personnes et des biens. Ces mesures, selon lui, "asphyxient" une population déjà éprouvée par la guerre et la misère.
Ce plaidoyer en faveur des swahiliphones s’inscrit dans une critique plus large d’un pouvoir qu’il accuse de tribalisme, de stigmatisation communautaire et d'avoir fragilisé l’unité nationale. Kabila appelle à une "humanisation" des politiques publiques envers ces populations, et à un sursaut patriotique pour restaurer la cohésion et la stabilité du pays.