Par Prehoub Urprus
Au lendemain de la levée de ses immunités parlementaires par le Sénat, l'ancien président Joseph Kabila est sorti de son silence, ce vendredi 23 mai 2025, à travers une adresse à la nation au ton offensif, dénonçant une "dérive autoritaire" du régime en place et réaffirmant sa volonté de continuer à jouer un rôle dans l’avenir du pays.
Dans un discours grave et mesuré, l'ancien chef de l'État a fustigé la gestion actuelle des forces armées, tout en prenant la défense des militaires. "Pour les avoir formés, commandés et conduits au front, je connais nos soldats. [...] Ce qui a changé entretemps, c’est la qualité du commandement et de leur prise en charge", a-t-il déclaré, pointant une responsabilité politique dans les revers sécuritaires du pays.
Joseph Kabila a également dénoncé la légèreté avec laquelle certaines décisions seraient prises à Kinshasa. Revenant sur les rumeurs ayant circulé récemment sur sa prétendue présence à Goma, il y voit un prétexte utilisé par les autorités pour justifier des actes arbitraires : "Le régime en place a pris des décisions arbitraires avec une légèreté déconcertante", a-t-il martelé, y voyant le signe d’un "recul spectaculaire de la démocratie".
L’ancien président s’est voulu rassembleur dans la dernière partie de son message, appelant à la résilience et à la responsabilité de chaque citoyen. Il a évoqué les grands tournants de l’histoire congolaise [de l’indépendance à la fin des conflits armés en 2003] pour affirmer la capacité du peuple congolais à vaincre les divisions. "Le Congo mérite mieux que cette politique extérieure, faite de jérémiades et de mendicité", a-t-il lancé, avant de conclure : "Je m’engage à jouer ma partition."
Cette sortie publique intervient dans un climat politique tendu, alors que plusieurs voix s’interrogent sur l’agenda judiciaire et politique autour de la levée de ses immunités. L'engagement de Joseph Kabila à "jouer sa partition" laisse présager un retour plus actif dans l’arène nationale, au moment où le pays traverse une séquence institutionnelle sensible.