Par Gloire Balolage
Aimé Boji Sangara Bamanyirue a été élu, le 13 novembre 2025, président de l’Assemblée nationale de la République Démocratique du Congo. Cette élection marque un tournant majeur dans la vie politique nationale : l’hémicycle retrouve à sa tête un acteur expérimenté, forgé dans les épreuves et éprouvé dans la gestion de l’État.
À 57 ans, Aimé Boji arrive à la présidence de la Chambre basse comme l’un des artisans les plus constants de la vie institutionnelle congolaise. Son parcours, marqué par plusieurs responsabilités ministérielles, du Commerce extérieur au Budget, jusqu'à l’Industrie, témoigne d’une polyvalence rare et d’une capacité d’adaptation dont peu peuvent se prévaloir sur la scène politique congolaise.
Cette ascension ne doit rien au hasard. Élu député depuis plusieurs années, Boji s’est imposé au sein de la commission ECOFIN, cœur stratégique du contrôle parlementaire. C’est dans ces arènes techniques qu’il a bâti sa crédibilité, en confrontant les chiffres, les politiques publiques et les défis structurels du pays.
Son engagement au sein de l'Union pour la Nation Congolaise (UNC) a également forgé son profil d’homme de dialogue. Il fut de ceux qui, en 2017, ont pris part au dialogue national de la Cité de l’Union africaine, débouchant sur l’accord politique et la création du gouvernement de l’Union nationale. Une étape clé qui a révélé en lui l’aptitude à concilier, à rassembler, à bâtir des ponts plutôt qu’à dresser des murs.
Lorsque l’UNC se restructure la même année, Aimé Boji accepte de quitter son poste de secrétaire permanent pour devenir secrétaire général adjoint chargé des Relations extérieures. Ce repositionnement stratégique montre son sens du devoir : servir là où son parti et le pays ont besoin de lui. C’est à ce titre qu’il participe activement, en novembre 2018, à la signature de l’accord de Nairobi entre Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, qui conduira à la victoire à l’élection présidentielle.
Avec la mise en œuvre de cet accord, Boji se retrouve au cœur de la machine politique. En septembre 2019, il devient secrétaire général ad interim de l’UNC, à un moment critique marqué par l’arrestation de Vital Kamerhe. Il dirige alors le parti dans la tempête avec une maîtrise saluée même au-delà de son camp politique. Son sens de la continuité, de la discipline et du leadership fut déterminant pour maintenir l’unité interne.
Nommé ministre d'État et ministre du Budget en 2021 dans le gouvernement de l’Union sacrée, puis reconduit au Budget en 2024 dans le gouvernement Suminwa, il incarne la constance dans l’action publique. Même lorsqu’il est remplacé et brièvement réorienté à l’Industrie en 2025, il accepte cette mutation avec loyauté, avant de démissionner pour se consacrer à son mandat de député et briguer la présidence de l’Assemblée.
C’est là que son destin bascule : l’Union sacrée, après avoir évalué plusieurs candidatures internes, choisit de se ranger derrière Aimé Boji. À travers lui, le camp présidentiel et le président Félix Tshisekedi lui-même font le pari de la stabilité, de la cohérence et de la compétence technique pour diriger le Parlement.
Aimé Boji succède ainsi à Vital Kamerhe, son mentor politique et l’un des hommes clés de la coalition au pouvoir. L’histoire n’est pas sans symbolique : de collaborateur rapproché, il devient l’héritier institutionnel au perchoir, dans une transition orchestrée sans rupture ni conflit. Cela illustre la maturité d’une classe politique qui, longtemps, a été accusée de manquer de prévisibilité.
Désormais à la tête de l’Assemblée nationale, Aimé Boji aura pour mission d’insuffler une nouvelle dynamique à l’institution.
Son expérience des finances publiques, son sens de la concertation et sa loyauté envers la vision du président Tshisekedi seront des atouts maîtres pour renforcer le rôle du Parlement dans la réforme de l’État. Avec lui, l’Assemblée pourrait entrer dans une ère de méthode, de discipline et de responsabilité une ère que le pays attend depuis longtemps.
Riche de son expérience de plus de 4 ans à la tête du ministère du budget, Boji Sangara se voit déjà dans l’obligation d’achever l’œuvre qu’il a commencée: le budget pour exercice 2026. Ce budget était quasiment élaboré avant de céder son fauteuil à son successeur Adolphe Muzito. Son avènement va aider les députés à gagner du temps, surtout que cette session de septembre qui doit fermer ses portes le 15 décembre prochain. Donc, pas de temps à perdre pour l’actuel speaker de la chambre basse du parlement.