17e épidémie d’Ebola en RDC : reçu par Judith Suminwa, Tedros Adhanom de l’OMS mise sur la riposte congolaise plutôt que sur les fermetures de frontières

Catégorie
Image
Échange entre la Première ministre de la RDC, Judith Suminwa et Tedros Adhanom, Directeur général de l'OMS
Échange entre la Première ministre de la RDC, Judith Suminwa et Tedros Adhanom, Directeur général de l'OMS

Par Serge Mavungu

Reçue en fin de journée, vendredi 29 mai 2026 à Kinshasa, la délégation de l’Organisation mondiale de la santé conduite par son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a échangé à la Primature avec la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. L’objet : réaffirmer l’appui de l’OMS à Kinshasa face à la résurgence d’Ebola dans l’Est du pays.

Au sortir de l’entretien, le patron de l’OMS a mis en avant le savoir-faire que la RDC a bâti à force de gérer des épidémies successives. Il a aussi salué la coordination mise en place par le gouvernement pour la riposte actuelle.

La RDC jugée capable de maîtriser la flambée

Tedros Adhanom s’est montré confiant malgré la complexité du contexte. Déplacements de populations, zones d’insécurité : les obstacles existent, mais ne remettent pas en cause la capacité de réaction du pays, selon lui.

« C’est une situation difficile, nous le reconnaissons. Mais la RDC a déjà affronté le virus à plusieurs reprises. Nous sommes convaincus qu’elle peut encore endiguer cette épidémie », a-t-il affirmé.

Le directeur général a aussi relevé la position de la Première ministre : faire de cette crise un point d’appui pour consolider le système de santé. L’OMS, a-t-il ajouté, accompagnera cet effort et salue les ressources déjà mobilisées par Kinshasa et ses partenaires.

« Nous mettrons tous les moyens disponibles au service du gouvernement congolais », a-t-il assuré.

Pas encore de vaccin pour la souche Bundibugyo

Sur la question vaccinale, Tedros Adhanom a précisé que la souche en cause, Bundibugyo, reste peu documentée. Identifiée pour la première fois en 2007 en Ouganda, elle a généré peu de cas par le passé. Ce faible volume n’a pas suffi à accélérer les essais cliniques.

Des prototypes de vaccins et de traitements sont néanmoins à l’étude. Certains pourraient être évalués dans le cadre de la riposte en cours. 

En attendant, l’OMS maintient son appui technique : surveillance, recherche des contacts, dépistage, isolement, coordination des intervenants et appui aux équipes sur le terrain.

Contre les fermetures de frontières

Le directeur général a aussi commenté les restrictions d’entrée décidées par certains États à l’égard des voyageurs venus de RDC. Pour lui, fermer les frontières n’est pas une solution durable.

« Les données montrent qu’une fermeture peut retarder la propagation de quelques jours, pas l’arrêter. La réponse efficace se joue au foyer de l’épidémie, en soutenant ceux qui luttent sur place », a-t-il expliqué.

Il a mis en garde : de telles mesures peuvent pousser les pays à moins communiquer sur les flambées. Or la transparence et la coopération restent indispensables pour agir vite.

Cap sur Bunia ce samedi

Tedros Adhanom doit se rendre ce samedi 30 mai à Bunia, en Ituri. Objectif : constater directement l’état de la riposte et rencontrer les équipes médicales mobilisées.

Cette descente sur le terrain doit aider l’OMS à ajuster son appui opérationnel aux besoins réels des autorités sanitaires congolaises.

Une épidémie qui revient : pourquoi ?

La RDC enregistre sa 17e épidémie d’Ebola. Pour le DG de l’OMS, la seule réponse médicale ne suffit pas. Il pointe des pratiques sociales à risque, notamment lors des rites funéraires, qui favorisent la transmission quand les précautions ne sont pas appliquées.

Il appelle donc à un travail de fond avec les communautés, pour modifier les comportements exposants et traiter les causes de la propagation.

Au final, selon Tedros Adhanom, la sortie de crise suppose trois leviers : renforcer le système de santé, impliquer les populations, adapter les pratiques à risque. C’est dans cette articulation avec les partenaires internationaux que la RDC peut, selon lui, transformer cette épreuve en base pour un système plus résilient.

Vendredi 29 mai 2026 - 23:56