Par Joseph Malala
Dans une République démocratique du Congo à nouveau sous tension, la confrontation politique s’est intensifiée ces dernières semaines. À l’issue d’un périple au Burundi, les leaders de l’opposition ont, le 9 juillet, réitéré leur appel à une mobilisation nationale prévue pour le 22 juillet. Si cette marche est brandie comme un moyen de pression, elle est assortie d’un ultimatum adressé au président Félix Tshisekedi : l’abandon définitif du projet de réforme constitutionnelle et une décrispation politique tangible, incluant la libération des prisonniers d’opinion et l’arrêt des poursuites judiciaires ciblées.
Bien que le Chef de l’État affiche une fermeté certaine, notamment face aux figures de Corneille Nangaa ou Joseph Kabila, le durcissement du ton de l’opposition confirme une volonté de négociation. Dans ce climat de méfiance, les regards se tournent, par tradition historique, vers les Confessions religieuses, acteurs internes capables de baliser la route vers un dialogue inclusif comme par le passé.
La CENCO : Le poids de l’histoire et le défi du « Pacte social »
La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) demeure l’acteur le plus influent de la scène religieuse. Architecte de l’accord de la Saint-Sylvestre en 2016, l’épiscopat jouit d’un poids symbolique inégalé. Toutefois, cette force est aussi une vulnérabilité : sa posture critique envers le pouvoir lui a valu, aux yeux du régime et de ses partisans, une image de « quasi-opposition » qui complique son rôle de médiateur neutre.
Dans cette crise, les évêques catholiques misent sur leur projet phare : le « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble dans la sous-région des Grands Lacs ». Cette initiative, qui prône un dialogue intra-congolais, constitue une approche holistique pour stabiliser le pays. La difficulté, pour la CENCO, réside désormais dans sa capacité à convaincre le pouvoir que cette vision est une feuille de route désintéressée pour la survie de la nation, et non un outil d’instrumentalisation politique. Pas évident.
L’ascension pragmatique du Conseil Interreligieux Congolais (CIC)
Si la CENCO fait face au poids de son héritage, le paysage religieux voit émerger des dynamiques cherchant à se positionner en interlocuteurs plus flexibles. Le Conseil interreligieux congolais (CIC), dirigé par l’archevêque Dodo Israël Kamba, incarne cette nouvelle donne. Longtemps perçu comme proche du pouvoir, ce prélat issu des églises évangéliques a su, en pratique, maintenir des canaux de communication avec la présidence tout en s’ouvrant aux acteurs politiques en quête d’un intermédiaire neutre.
En multipliant les tournées auprès des états-majors, Dodo Kamba promeut un mécanisme de « Vérité, Réconciliation et Cohésion nationale ». Sa force réside dans une lecture humaniste qui place la préservation des vies humaines au-dessus des calculs politiciens. Sa prise de position du 5 juillet, appelant à créer un cadre propice aux échanges pacifiques, a renforcé son rôle stratégique, lui permettant de contribuer efficacement à traduire les exigences de la rue en impératifs de stabilité nationale.
L’ECC et la fragmentation du paysage religieux
L’Église du Christ au Congo (ECC), présidée par le révérend docteur André Bokundoa bo-Likabe, demeure un maillon incontournable. Travaillant souvent en tandem avec la CENCO, elle maintient une ligne modérée, cherchant l’équilibre entre la dénonciation des abus et le maintien du canal du dialogue.
Par ailleurs, la Plateforme des Confessions religieuses semble avoir été éclipsée par l’Église du Réveil du Congo (ERC) de l’archevêque Ejiba Yamapia. Cette structure est au centre d’une controverse : l’engagement zélé de certains de ses pasteurs les plus connus, justifiant le changement de la Constitution par une « volonté divine », a entamé leur crédibilité. Parallèlement, la CIME (Commission d’Intégrité et Médiation Électorale), menée par Idryss Katenga, reste une ressource sous-exploitée. Son expérience dans la crise politique entre 2014 et 2018 et sa contribution à la décrispation politique et la tenue du dialogue de la Cité de l’OUA demeure pourtant essentielle pour offrir un cadre indispensable à tout dialogue inclusif.
Un sursaut patriotique ?
Une chose est vraie : ces différentes organisations religieuses ont difficile à travailler ensemble. Pourtant, l’efficacité d’une sortie de crise dépend désormais, pour certains, de leur capacité à s’extraire des agendas partisans. Le plaidoyer pour la décrispation constitue le point de friction central : la libération des prisonniers politiques et l’arrêt des poursuites judiciaires, dont les dossiers emblématiques comme celui de Matata Ponyo sont les marqueurs, représentent le véritable test de crédibilité pour tout médiateur.
La réactivation d’un consensus religieux est aujourd’hui conditionnée à un dépassement des clivages internes, condition pour que les guides spirituels retrouvent leur rôle de garants de la paix civile et rendent le dialogue non seulement possible, mais irréversible.