Par Serge Mavungu
Le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, a réagi, lundi 12 octobre, au discours prononcé le 9 octobre par l’ancien président de la République, Joseph Kabila. Profitant de la séance plénière organisée au Palais du Peuple, il a axé son intervention sur la souveraineté nationale, l’intégrité territoriale et la responsabilité des dirigeants face à la crise sécuritaire qui sévit dans l’est de la République démocratique du Congo.
Dans une communication au ton ferme, le président de l’Assemblée nationale a rappelé que les divergences politiques ne devraient pas compromettre l’unité nationale.
« Nous pouvons nous opposer sur les moyens. Nous pouvons débattre avec rigueur. Nous pouvons même nous affronter poliment. Mais l’essentiel est que nous devons rester unis », a-t-il déclaré devant les députés nationaux.
Aimé Boji Sangara a insisté sur la nécessité de préserver les institutions de la République et de défendre la souveraineté du pays.
« La RDC ne sera jamais une terre sans État. Notre peuple ne sera jamais un peuple sans voix. Notre souveraineté ne sera jamais une monnaie d’échange », a-t-il martelé.
Une interpellation directe de Joseph Kabila
Le président de l’Assemblée nationale a ensuite soulevé la question de la responsabilité de Joseph Kabila, ancien président de la République, face à la situation sécuritaire dans l’est du pays. Il s’est interrogé sur le contraste entre les engagements constitutionnels d’un ancien président de la République et les accusations de proximité avec les forces hostiles à la RDC qui entourent aujourd’hui son nom.
« Comment un homme qui a dirigé ce pays, qui a prêté serment à deux reprises de préserver son indépendance et son intégrité, peut-il contribuer à sauvegarder son unité nationale ? », a-t-il questionné.
Poursuivant son intervention, Aimé Boji Sangara a évoqué le M23, qu’il a qualifié de supplétif du Rwanda, pour interroger la position de Joseph Kabila face à ce mouvement armé.
« Comment cet homme, qui nous a dit et nous a fait croire qu’il avait combattu ces supplétifs du Rwanda que sont les M23, peut-il se retrouver à la tête de ceux qui tuent des Congolais et menacent ouvertement la République démocratique du Congo ? », a-t-il lancé.
Ces interrogations interviennent après la prise de parole publique de Joseph Kabila, ancien président de la République, le 9 octobre, au cours de laquelle il a critiqué la gestion du pays par le pouvoir en place et abordé la situation sécuritaire ainsi que la nécessité d’un dialogue national inclusif.
Un appel aux populations des territoires occupés
Au-delà de son interpellation politique, le président de l’Assemblée nationale a adressé un message de solidarité aux populations vivant dans les territoires affectés par le conflit.
Il a réaffirmé que les Congolais confrontés à l’insécurité ne devaient pas se sentir abandonnés par les institutions nationales. Selon lui, la cohésion du pays doit rester une priorité, malgré les divergences politiques et les difficultés sécuritaires.
Pour Aimé Boji Sangara, la reconstruction nationale ne peut reposer sur la revanche, la violence ou la division. Elle doit plutôt s’appuyer sur les institutions, le dialogue, la justice et l’unité du peuple congolais.
L’Histoire comme juge des responsabilités
En conclusion, le président de l’Assemblée nationale a élargi son propos à la question des responsabilités historiques dans la crise congolaise. Il a invité à s’interroger sur les acteurs et les événements qui ont marqué l’histoire récente du pays.
« C’est là toute la question, la seule que nous devons poser devant l’Histoire. Et c’est seulement l’Histoire qui nous jugera tous », a-t-il conclu, avant de remercier ses collègues députés pour leur attention.
Cette intervention remet au centre du débat les tensions entre le pouvoir en place et Joseph Kabila, ancien président de la République, sur la gouvernance, la sécurité dans l’est du pays et les perspectives de dialogue politique en République démocratique du Congo.