Par Patrick Kitoko
Face à l'annonce du Front pour la refondation de la nation (FRN), Alain Shukuru Napamba, cadre du parti Nouvel Élan, dénonce une nouvelle tentative de légitimation de la lutte armée en politique. Il appelle à soutenir les institutions de la République et à mettre fin aux arrangements qui, selon lui, récompensent les groupes armés au détriment de la paix dans l'Est du pays.
L'annonce de la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), mouvement politico-militaire associé à l'ancien président Joseph Kabila, suscite une vive réaction au sein de la classe politique congolaise. Dans une tribune, Alain Shukuru Napamba, cadre du parti Nouvel Élan, condamne fermement cette initiative et met en garde contre la répétition d'un cycle de rébellions qui fragilise la République démocratique du Congo depuis plusieurs décennies.
Pour cet acteur politique, l'Est du pays ne peut plus servir de terrain aux ambitions politiques ni de monnaie d'échange dans les négociations pour le partage du pouvoir. Il estime que la création du FRN ravive une logique dangereuse : prendre les armes contre l'État, exercer une pression militaire, puis obtenir des responsabilités politiques à la faveur des négociations.
Un cycle de rébellions à briser
Alain Shukuru rappelle que l'histoire politique congolaise a été marquée par plusieurs mouvements armés, de l'AFDL au RCD, en passant par le MLC, le CNDP et le M23. Selon lui, ces épisodes ont contribué à installer l'idée que la force militaire pouvait constituer un raccourci vers le pouvoir.
Il critique notamment les accords politiques ayant favorisé l'intégration d'anciens chefs rebelles dans les institutions, considérant que cette pratique risque d'encourager de nouvelles prises d'armes. À ses yeux, récompenser ceux qui recourent à la violence en leur accordant des postes ou des avantages politiques revient à envoyer un signal dangereux aux générations futures.
« Le sang du peuple n'est pas une monnaie politique », soutient-il en substance, appelant à rompre avec les arrangements qui, selon lui, entretiennent l'instabilité et prolongent les souffrances des populations de l'Est.
Soutien aux institutions et à Félix Tshisekedi
Dans cette tribune, le cadre de Nouvel Élan plaide pour un soutien aux institutions de la République et au président Félix-Antoine Tshisekedi, qu'il présente comme le garant de la légitimité issue des urnes et de l'ordre constitutionnel. Il défend également le renforcement des Forces armées de la RDC (FARDC), estimant que la protection de la souveraineté nationale et le rétablissement de l'autorité de l'État nécessitent une réponse ferme face aux groupes armés et aux menaces contre l'intégrité territoriale.
Tout en reconnaissant l'utilité du dialogue politique, Alain Shukuru refuse que celui-ci serve à légitimer la violence ou à distribuer des responsabilités à ceux qui ont choisi la voie des armes. Il appelle à privilégier une solution durable fondée sur le respect des institutions et la volonté populaire.
La communauté internationale interpellée
Alain Shukuru exhorte également la communauté internationale, en particulier l'Union africaine, à condamner toute tentative de retour au pouvoir par la force et à éviter que les processus de négociation ne consacrent les gains politiques obtenus par les armes. Il met notamment en cause le rôle du Rwanda dans la crise sécuritaire à l'Est de la RDC et appelle les partenaires internationaux à contribuer à la défense de la souveraineté congolaise.
En conclusion, le cadre de Nouvel Élan lance un appel à la mobilisation citoyenne autour d'un principe qu'il juge essentiel : aucune ambition individuelle ou stratégie partisane ne saurait justifier la poursuite de la guerre. Pour lui, l'Est de la RDC mérite la paix, la justice et le développement plutôt que de nouvelles confrontations armées. Son message est sans équivoque : la rébellion ne doit plus constituer une voie d'accès au pouvoir en République démocratique du Congo.