Par Serge Mavungu
Les déclarations de Félix Tshisekedi sur l'affaire Prince Epenge continuent de susciter des réactions au sein de l'opposition congolaise. Cette fois, c'est Jean-Marc Kabund, président de l'Alliance pour le Changement, qui interpelle directement le chef de l'État, estimant que sa prise de position publique sur une affaire en cours d'examen judiciaire risque de fragiliser l'indépendance de la justice.
Dans une déclaration rendue publique le dimanche 1er novembre, l'opposant fait part de sa profonde désapprobation à la suite des propos tenus par le président de la République devant la diaspora congolaise en Russie. Félix Tshisekedi s'était notamment exprimé sur le décès de Manassé Lomboto, évoqué dans la procédure judiciaire visant Prince Epenge, contestant la thèse d'une mort liée aux violences survenues lors de la manifestation du 15 septembre dernier à Kinshasa.
Pour Jean-Marc Kabund, cette lecture des événements pourrait résulter d'informations inexactes transmises au chef de l'État par certains membres de son entourage. Il soupçonne une entreprise de désinformation destinée à lui faire croire qu'aucune personne n'a perdu la vie lors de la manifestation concernée.
Mais au-delà de la controverse sur les circonstances du décès de Manassé Lomboto, l'ancien premier vice-président de l'Assemblée nationale place le débat sur le terrain institutionnel. Il estime que les déclarations présidentielles sur un dossier judiciaire en cours peuvent être interprétées comme une forme de pression sur les magistrats appelés à se prononcer.
« En vous exprimant publiquement sur une affaire qui relève désormais de l'appréciation des juges, vous prenez le risque de transformer vos déclarations en une véritable injonction politique adressée aux magistrats chargés d'instruire le dossier », avertit-il.
Pour le président de l'Alliance pour le Changement, la fonction présidentielle impose une responsabilité particulière dans la préservation de l'indépendance des institutions judiciaires. Il considère que le chef de l'État aurait dû observer une certaine réserve, afin de laisser les instances compétentes établir les faits et appliquer le droit sans interférence politique.
Kabund dénonce l'isolement informationnel du chef de l'État
Dans sa sortie, Jean-Marc Kabund met également en cause le fonctionnement de l'entourage présidentiel. Selon lui, certains collaborateurs et responsables des services de sécurité pourraient privilégier les informations susceptibles de satisfaire le chef de l'État, au détriment d'une présentation fidèle de la situation sur le terrain.
Il met en garde contre les conséquences d'un tel mécanisme, qui risque, à ses yeux, d'éloigner progressivement le président des réalités vécues par la population.
L'opposant estime qu'aucune stratégie de communication ne saurait se substituer à l'établissement des faits. Il invite ainsi Félix Tshisekedi à ne pas se laisser enfermer dans une lecture des événements construite autour d'informations qui conforteraient uniquement sa propre position.
Un témoignage personnel annoncé devant la justice
Pour appuyer sa contestation de la version défendue par le président de la République, Jean-Marc Kabund avance un élément qu'il présente comme un témoignage direct.
Il affirme avoir personnellement aperçu Manassé Lomboto parmi les participants à la marche du 15 septembre, quelques minutes avant l'attaque à la machette dont il dit avoir lui-même été victime devant le siège de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), à Kinshasa.
L'opposant se dit prêt à comparaître devant les instances judiciaires compétentes pour apporter son témoignage sur les circonstances qu'il affirme avoir observées.
Cette démarche intervient alors que le décès de Manassé Lomboto et la procédure engagée contre Prince Epenge alimentent une vive confrontation entre le pouvoir et l'opposition. Les circonstances exactes de ce décès demeurent au cœur des versions contradictoires défendues par les différents protagonistes.
La justice au centre de la controverse
Au-delà de son désaccord avec les déclarations présidentielles, Jean-Marc Kabund pose la question de la séparation entre le pouvoir politique et l'institution judiciaire. À ses yeux, les prises de position publiques du chef de l'État ne devraient en aucun cas préjuger de l'issue d'une procédure en cours.
Il estime que le sort judiciaire de Prince Epenge doit être déterminé exclusivement à partir des éléments du dossier et des dispositions légales applicables, et non sur la base des appréciations exprimées au sommet de l'État.
« Ce sont les faits et le droit qui doivent déterminer l'issue d'un procès, jamais les convictions ou les déclarations du pouvoir politique », insiste-t-il.
À travers cette interpellation, le président de l'Alliance pour le Changement remet ainsi au centre du débat la question de l'indépendance de la justice, dans un contexte où l'affaire Prince Epenge prend une dimension politique de plus en plus marquée.