Par la Rédaction
Le mouvement citoyen Lutte pour le changement (LUCHA) hausse le ton face à la dégradation de la situation politique et sécuritaire en République démocratique du Congo. Dans une déclaration rendue publique à Lubumbashi, ce mouvement citoyen non partisan et non violent condamne l'engagement annoncé de l'ancien président Joseph Kabila dans une dynamique politico-militaire et appelle les dirigeants congolais à assumer leurs responsabilités dans la recherche de solutions à la crise qui secoue le pays.
Pour la LUCHA, la situation actuelle ne peut être dissociée des conditions de l'alternance politique de janvier 2019, issue des élections controversées du 30 décembre 2018. Le mouvement estime que l'arrangement conclu entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi avait privilégié les intérêts liés à la conquête et à la conservation du pouvoir au détriment de la volonté populaire. Selon lui, les conséquences de cette entente continuent de peser sur la vie politique nationale, alors que les deux anciens partenaires sont désormais engagés dans une confrontation qui risque, à ses yeux, d'accentuer les divisions et les menaces contre l'unité nationale.
Le mouvement condamne fermement l'engagement attribué à Joseph Kabila dans un nouveau mouvement politico-militaire. Il estime que son statut d'ancien chef de l'État ne saurait justifier le recours aux armes pour accéder au pouvoir ou peser sur l'avenir politique du pays. Rappelant les violations des droits humains dénoncées durant ses années au pouvoir, la LUCHA considère que les responsabilités passées comme présentes doivent faire l'objet d'un examen devant la justice. Elle exige de l'ancien président qu'il renonce immédiatement à toute entreprise armée et privilégie les voies pacifiques et démocratiques pour régler les différends politiques.
Le mouvement interpelle également le président Félix Tshisekedi sur sa responsabilité constitutionnelle dans la protection des populations et la sauvegarde de l'intégrité territoriale. Il demande des explications sur les mesures prises par les autorités face aux intentions prêtées à Joseph Kabila, alors que, selon la déclaration, le pouvoir aurait disposé d'informations sur cette évolution depuis plusieurs mois.
La LUCHA appelle par ailleurs le chef de l'État à renoncer à toute initiative de modification de la Constitution visant à prolonger son maintien au pouvoir, estimant qu'une telle démarche risquerait d'aggraver les fractures politiques et sociales dans un pays déjà confronté à de graves tensions.
Sur le plan sécuritaire, la LUCHA exige le respect immédiat et effectif du cessez-le-feu par toutes les parties engagées dans les hostilités, conformément aux engagements pris dans les processus de paix de Doha et de Washington. Elle réclame également l'application des mécanismes de vérification et de suivi destinés à documenter les violations, prévenir la reprise des combats et protéger les civils.
Face aux conséquences humanitaires des conflits dans l'Est du pays, le mouvement plaide pour l'ouverture urgente de couloirs humanitaires sécurisés afin de faciliter l'acheminement des vivres, des médicaments et d'autres secours, notamment dans un contexte marqué par les risques sanitaires liés à l'épidémie d'Ebola.
Pour sortir durablement de la crise, l'organisation citoyenne appelle à un dialogue national véritablement inclusif, fondé notamment sur les démarches de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l'Église du Christ au Congo (ECC), ainsi que sur leur initiative de Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble. Avec l'appui de l'Union africaine et des Nations unies, ce dialogue devrait, selon la LUCHA, réunir les forces politiques, les mouvements citoyens et les autres composantes de la société congolaise. Elle insiste sur la nécessité de s'attaquer aux causes profondes de la crise et de prévoir des engagements précis assortis d'un mécanisme indépendant de suivi, sans transformer les discussions en un nouveau partage du pouvoir.
La LUCHA sollicite en outre l'implication de l'Union africaine, des Nations unies, de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) et des partenaires de la RDC. Elle les invite à exercer des pressions diplomatiques concrètes sur les parties qui entravent les efforts de paix, à soutenir les mécanismes de cessez-le-feu et à renforcer l'assistance humanitaire.
Elle préconise également des mesures ciblées contre les personnes dont la responsabilité dans de graves violations des droits humains ou dans l'obstruction aux efforts de paix est établie, tout en appelant les Congolais du pays et de la diaspora à défendre pacifiquement la souveraineté populaire et l'intégrité territoriale.