Par la Rédaction
Lors de son discours sur l'état de la Nation, mercredi dernier, devant les deux Chambres du Parlement réunies en Congrès, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo avait accentué le suspense sur la question des élections, pour n'en avoir pas fait mention dans son Grand Oral. Mais, vingt-quatre heures seulement après, soit ce jeudi 16 novembre, sur France 24 et RFI -Radio France Internationale-, le Président sortant et candidat à sa propre succession n'a pas pu éluder ni zapper cette question on ne peut plus très attendue, pour que l'opinion soit fixée, une fois pour toutes, s'il y aura scrutins ou non à la date prévue dans le chronogramme électoral de la CENI -Commission électorale nationale indépendante-. Même si Tshisekedi n'a vraiment pas rassuré, il a tout de même donné quelques indications, qui, selon lui, rassurent. " Mais, à ce stade, nous, le Gouvernement, nous n'avons encore reçu aucune indication selon laquelle il n'y aurait pas d'élections. Tout porte à croire qu'il y aura les élections le 20 décembre... J'en veux pour preuve encore, lorsque tous les candidats ont répondu à l'invitation de la CENI, pour le code de bonne conduite", a confié Tshisekedi.
C'est un Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo très serein qui est apparu sur France 24, ce jeudi 16 novembre, 22h30' heures de Kinshasa, répondant aux questions de Marc Perelman de France 24 et Christophe Bois Bouvier de RFI -Radio France Internationale-, dans une interview exclusive leur accordée.
Le Président rd-congolais sortant et candidat à sa propre succession a fait, avec ses intervieweurs, le tour d'horizon de toutes les questions d'actualité en RDC.
Des élections à l'affaire Stanis Bujakera, ce journaliste correspondant du magazine Jeune Afrique, qui croupit au CPRK -Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa- pour un article de presse dont il n'est pas l'auteur, en passant par la probabilité des élections à Rutshuru et Masisi, la candidature commune de l'opposition, Moïse Katumbi, l'insécurité dans l'est de la RDC et les Wazalendo, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo n'a rien laissé de côté.
"... il y aura élections..."
S'agissant des élections, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a d'abord indiqué que la question méritait d'être posée au président de la Centrale électorale. Mais, en sa qualité de garant du fonctionnement régulier des Institutions, ne pouvait pas ne pas posséder quelques éléments qui rassurent qu'il y aura bel et bien scrutins à la date prévue dans le chronogramme électoral de la CENI. Parmi ces éléments, c'est le fait, entre autres, pour le Gouvernement de n'avoir "encore reçu aucune indication [de la part de la CENI] selon laquelle il n'y aurait pas d'élections." Voilà qui fait dire à Tshisekedi que "tout porte à croire qu'il y aura les élections le 20 décembre..."
Pour les trois cents millions de dollars américains restants, pour le financement des élections, le candidat à sa propre succession rassure qu'"il n'y a pas d'inquiétude de ce côté là. Nous trouverons la solution."
Électeurs fictifs, débat d'opposants
Le successeur de Joseph Kabila taxe de "débat d'opposants" la question des électeurs fictifs contenus, selon ces derniers, dans le fichier électoral qu'ils jugent corrompu et dont ils exigent l'audit par un organisme international indépendant.
"Dans quel but inventerait-on les électeurs fictifs ?", s'interroge le fils Tshisekedi qui dit ne pas très bien comprendre la revendication de l'opposition. "Pour moi, c'est un débat d'opposants. Parce que, à plusieurs reprises, ils ont demandé le report des élections ; ils ont demandé un dialogue, alors qu'il n'y a pas de crise politique que je sache dans le pays. En plus, la CENI a fait un audit du fichier avec des personnalités crédibles, dont la réputation (la probité) n'est pas à remettre en cause.", a indiqué le candidat de l'Union Sacrée de la Nation à la prochaine présidentielle.
Rutshuru et Masisi exclus
Concernant les électeurs de l'est, au Nord Kivu, précisément dans les territoires de Rutshuru et Masisi, le Chef de l'État n'est pas aller par le dos de la cuillère :"Malheureusement, pour Rutshuru et Masisi, je ne crois pas pas que ça pourra se faire." Avant d'ajouter, comme pour donner encore de l'espoir à ses compatriotes de ces contrées dont des pans entiers des territoires sont sous contrôle du Rwanda sous couvert du M23 :"Mais, qu'à celà ne tienne! Nous allons continuer nos efforts, pour libérer ces localités, ramener nos compatriotes dans leurs localités d'origine, et imposer cette paix."
Dispersion de l'opposition
Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo ne veut pas se laisser distraire par ce qui se passe à l'opposition. "Moi, je reste serein et modeste. Ce qui se passe à l'opposition n'est pas mon problème.", martèle-t-il.
Plutôt que de verser dans la dispersion de l'opposition, Tshisekedi, qui reconnaît que l'on vit "dans un pays où il y a la vitalité démocratique", a préféré vanter le bon travail qu'il estime faire.
"C'est vrai que beaucoup reste encore à faire, mais le Congo vient de loin. Ça, il faut le reconnaître. Les choses ont vraiment évolué dans le bon sens. Même les paramètres à l'international nous prouvent. Je fais allusion aux agences de notification, qui nous ont attribué la note de Triple B.", s'en est-il réjoui.
Pas de leçon à recevoir de Katumbi
L'invité de France 24 et RFI a dézingué Moïse Katumbi, perçu par plusieurs comme le principal challenger du Président sortant et candidat à sa propre succession. "Il [Moïse Katumbi] a été Gouverneur de la province du Katanga lorsqu'elle n'était pas encore découpé en quatre... Mais qu'est-ce qu'il en a fait ?", s'est interrogé Félix Antoine Tshisekedi, avant d'enfoncer le clou :"Il a été Gouverneur pendant 9 ans. Il n'a même pas pensé à construire un aéroport international dans la capitale mondiale de cobalt."
Fort de ce tableau sombre qu'il peint du passage de Katumbi à la tête du Grand Katanga, avant son démembrement, Tshisekedi dit ne recevoir du président d'Ensemble pour la République aucune leçon.
"Aujourd'hui qu'on voit les investisseurs venir de partout, sans devoir passer par Lubumbashi et chercher de petits cercueils volants, pour arriver à Kolwezi, ils vont devoir arriver avec leurs avions réguliers directement sur Kolwezi. J'ai des tas d'exemples comme ça, qui peuvent démontrer que je n'ai aucune leçon à recevoir de Katumbi.", a-t-il tranché.
Bujakera sacrifié sur l'autel politique ?
L'interlocuteur de Marc Perelman et de Christophe Bois Bouvier a indiqué qu'il n'est "ni à l'origine, ni en train de tirer les ficelles, pour qu'on enfonce Stanis Bujakera."
Par ailleurs, le Chef de l'État confie qu'à ce stade, il n'a rien à dire :"Je ne peux pas intervenir. Je n'interviendrai que peut-être plus tard, pour une amnistie, grâce ou que sais-je."
C'est ici que certains analystes entrevoient, à travers les propos du Chef de l'État, que le sort de Stanis Bujakera est déjà scellé : la condamnation. Et qu'il faudra seulement attendre une amnistie ou une grâce présidentielle de la part du Magistrat suprême, au-delà de janvier 2024, après sa prestation de serment pour investiture. Cela, même si, poursuivent ces analystes, le Président de la République a dit qu'il est le premier à être peiné par ce qui arrive à Bujakera.
Le fait aussi, pour le Chef de l'État, d'indiquer qu'on peut manipuler le journaliste, en lui faisant croire que c'était une information de première main, suffit, selon ces analystes, pour planter le décor de l'issue du procès Bujakera.
"Nous allons nous protéger nous-mêmes"
De la question relative à la guerre directe entre la RDC et le Rwanda, Tshisekedi affirme que les Congolais sont des victimes qui ne doivent pas regarder dans leur direction, mais plutôt dans celle de ceux qui sont coupables de cette agression.
"Et nous nous disons, après avoir appelé plusieurs fois la Communauté internationale à intervenir par des sanctions contre le Rwanda, si celle-là tarde à venir, nous allons nous protéger nous-mêmes. Nous allons utiliser nos propres moyens pour nous défendre, défendre nos populations.", a déclaré Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Kagame, véritable chef du M23
Pour Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, Paul Kagame est le véritable chef du M23. Car, sur le terrain, ce sont les RDF qui se battent, et non le M23 qui n'est qu'une coquille vide.
Le Chef de l'État rd-congolais avoue ne pas parler en l'air, mais sur base des preuves avérées :"Nous en avons les preuves, parce qu'avec la technologie que nous avons, nous les voyons. Les images sont là, et celles de leurs cadavres. Les Nations unies aussi ont les mêmes images."
"Wazalendo, ce sont des héros"
Pour le Commandant suprême des FARDC -Forces Armées de la République démocratique du Congo- et de la PNC -Police nationale congolaise-, les Wazalendo sont des civils qui défendent leur patrie. Ce sont "des gens qui ont décidé de défendre corps et âme les intérêts de leur communauté. Ils défendent leur patrie. C'est même héroïque, avec raison. Ce sont des héros.", a précisé le fils Tshisekedi.
Pour autant que le Congo est agressé et les soldats rwandais sont des milliers sur le sol rd-congolais, le Commandant suprême des FARDC et de la PNC reste très confiant que ces agresseurs ne prendront pas Goma.
"Retenez-le. Ils ne prendront pas Goma, parce qu'il y aura une réplique de notre part.", a conclu Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo sur une note d'espoir à tous les Congolais.