Nord-Kivu : l’opération "Safisha Muji wa Goma" démontre un échec relatif dans la lutte contre l’insécurité

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Ville de Goma, chef lieu de la province du Nord-kivu
La ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu [photo d'illustration]

Par Gloire Balolage 

 

L'insécurité à Goma prend de plus en plus une autre tournure. Nord Kivu, dont Goma est la capitale, est une province sous état de siège. Au-delà de l'insécurité dans l'ensemble de la province, caractérisée par la guerre du M23 soutenue par le Rwanda, qui a causé le déplacement massif de la population et des tueries, cette situation n'impacte pas seulement les populations des territoires occupés par les rebelles, mais également la ville de Goma, qui est très touchée de plein fouet ces derniers temps par cette insécurité.

Les habitants de cette ville, qui espéraient des réponses tangibles de la part des autorités, semblent désormais livrés à eux-mêmes. Les efforts que l’on pourrait attendre de la police, de l'armée et des services de renseignement se révèlent insuffisants. Malgré la présence des militaires et policiers, la population a le sentiment que les autorités ont abandonné la lutte contre l'insécurité, rendant la situation encore plus désespérée.

Dormir et se réveiller, c'est comme un miracle chaque jour dans la ville de Goma. Les choses sont pires qu'avant, les armes circulent entre les mains des gens, et des bandits armés semblent omniprésents, comme si nous étions en Syrie ou en Afghanistan, entourés de terroristes cagoulés, invisibles à voir, à identifier et même à arrêter. C'est une situation grave pour une ville de plus de 2 millions d'habitants, avec des autorités militaires et policières.

Des événements tragiques viennent illustrer cette spirale de violence. Le 1er octobre 2024, une jeune fille sortant de l'école est abattue par des bandits, au quartier Himbi, lors d'un braquage pendant la journée. Le même jour, mais la nuit, un journaliste subit le vol de matériel de travail, lors d'une intrusion à son domicile, soulignant l’insécurité qui s’installe jusque dans les foyers. Ces incidents, à la fois choquants et déplorables, révèlent une situation insoutenable pour une ville qui devrait jouir de la protection de ses autorités.

Le même jour, les corps de trois personnes sont découverts dans divers quartiers de Goma, et dans le groupement de Munigi, en territoire de Nyiragongo. Selon les informations, le premier corps retrouvé est celui d’un motard tué à l’arme blanche, tandis que les circonstances des autres décès demeurent floues. Ce constat est particulièrement alarmant, alors que les autorités sont censées assurer la sécurité de la population.

Les récents assassinats, dont celui du coordonnateur de la radio Maria Goma, abattu en rentrant chez lui, suscitent une grande consternation. L'organisation JED -Journalistes en Danger- a exprimé son indignation face à cette tragédie, soulignant la vulnérabilité des professionnels des médias dans cette région en proie à l'insécurité. Ce constat n'est que le reflet d'une situation plus large, où de jeunes vendeurs de crédits et même des enfants sont devenus des cibles pour des bandits armés.

Ces cas s'ajoutent à ceux de certains jeunes vendeurs de crédits ou d'unités, qui ont également été les cibles des attaques de bandits armés. Un autre cas est celui d'un enfant de 2 ans tué par une balle de bandits criminels, au quartier Majengo. Il y a également un enfant de 6 ans, qui a été kidnappé puis tué par les ravisseurs et mis dans un sac, toujours au cours du mois de septembre.

Les arrestations des présumés criminels, arrêtés et présentés à la mairie et à la presse, tantôt 70 arrêtés, tantôt 100, tantôt 30, mais jusqu'à présent, personne ne sait le sort réservé à ces présumés, dont certains seraient même innocents. Aucune audience n’a eu lieu devant la justice, malgré les promesses des autorités selon lesquelles ces gens seront présentés à la justice. En ce sens, on peut dire que la justice est absente pour jouer son rôle.

Les autorités devraient multiplier d'autres stratégies, pour trouver une solution à cette problématique d'insécurité dans la ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu. La société civile et les mouvements citoyens ne cessent également de dénoncer cette situation, mais rien n'a été pris jusqu'à présent comme mesure adéquate, pour sécuriser la ville.

Dans ce contexte dramatique, Jules Ngeleza, président du conseil communal de la jeunesse de Goma, appelle les autorités à agir. Il dénonce l’immobilisme des forces de sécurité et l'absence de coordination dans les opérations visant à rétablir l'ordre dans les quartiers les plus touchés. Sa voix résonne comme un cri du cœur pour les millions d’habitants en quête de protection.

Les mesures mises en place par les autorités, telles que l'interdiction de circulation des motos après 18 heures et les initiatives comme "Safisha Muji wa Goma", n'ont pas réussi à rassurer la population. Au contraire, beaucoup estiment que ces actions sont insuffisantes et qu'il serait plus sage de revoir entièrement la stratégie de sécurité, plutôt que de maintenir des mesures perçues comme inefficaces.

Au-delà des stratégies sécuritaires, il est crucial de restaurer la confiance entre la population et ses dirigeants. La capacité des autorités à répondre efficacement à ces défis déterminera non seulement l'avenir de Goma, mais aussi celui de toute la province du Nord-Kivu. La sécurité des citoyens doit devenir une priorité centrale; car, sans elle, l'espoir d'un avenir plus serein s'éteint peu à peu.

Dans cette conjoncture, les regards se tournent vers les autorités pour qu'elles prennent conscience de l’urgence de la situation. La ville de Goma, pleine de potentiel et d'espoir, ne doit pas sombrer dans le chaos. Les voix des habitants, grondant pour la paix et la sécurité, doivent être entendues, afin que des solutions durables soient apportées à cette situation.

Mercredi 2 octobre 2024 - 21:25