Nord-Kivu : Uswahili dénonce l’inaction et l’injustice structurelle à l’égard des populations de l’Est

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Musa Kitoko représentant de Uswahili [photo d'illustration]
Musa Kitoko représentant de Uswahili [photo d'illustration]

Par la Rédaction 

Lors d’une conférence de presse tenue jeudi, à Goma, Musa Kitoko, représentant de la structure Uswahili, a exprimé son indignation face à la situation sécuritaire préoccupante, qui perdure dans plusieurs provinces de l’Est de la RDC -République démocratique du Congo-. Cette structure, active depuis 14 ans, milite pour la promotion du kiswahili comme vecteur d’unité, de paix et de cohésion entre communautés swahiliphones.

Dans son intervention, Mussa Kitoko a rappelé que 95 % des conflits armés les plus violents enregistrés ces dernières années en RDC se déroulent dans des zones à majorité swahiliphone. Une réalité qui interroge profondément : «Est-ce parce que nos terres sont riches ?», s’est-il demandé, regrettant que cette question fondamentale reste sans réponse à ce jour.

C’est de cette observation que serait née l’idée de créer la structure Uswahili, avec pour objectif de comprendre ces dynamiques conflictuelles et d’utiliser la langue kiswahili comme levier de valorisation culturelle et de résistance pacifique. «Nous avons fait du kiswahili une langue d’espoir», a déclaré Musa Kitoko.

Uswahili se définit comme une organisation mondiale non tribale, œuvrant à l’unification des populations swahiliphones autour de valeurs communes. Elle s’emploie à déconstruire les préjugés selon lesquels toute revendication identitaire dans l’Est du pays serait d’essence communautariste.

La structure ambitionne, à long terme, la reconnaissance officielle de la swahilophonie par les États, ce qui, selon Musa Kitoko, marquerait l’aboutissement de leur mission. «Pour y arriver, il faut d’abord mettre de l’ordre dans notre espace», a-t-il martelé, faisant allusion à la nécessité de stabilité et de paix dans les zones concernées.

Il a également dénoncé ce qu’il considère comme une marginalisation des jeunes swahiliphones dans le traitement du conflit. Selon lui, de nombreux jeunes de l’Est auraient été enrôlés de force dans les groupes dits Wazalendo, souvent sans formation ni encadrement adéquat.

«On veut nous éliminer symboliquement et physiquement», a-t-il déclaré, faisant allusion à la jeunesse swahiliphone, qu’il estime manipulée et sacrifiée dans une guerre, qui, selon ses mots, «n’est pas la leur».

Il a également critiqué l’approche sécuritaire du régime actuel, qu’il accuse de rouvrir les plaies au lieu de les panser. Selon lui, des jeunes issus d’autres régions seraient mieux encadrés, bien rémunérés, et préparés à une carrière militaire, tandis que ceux de l’Est sont envoyés au front dans des conditions inéquitables.

«Deux poids, deux mesures», a-t-il dénoncé, s’interrogeant sur le sort futur des combattants Wazalendo après la guerre. «C’est le moment d’y penser», a-t-il insisté, appelant à une réflexion nationale sur la réintégration et la réhabilitation de ces jeunes.

Face à ce qu’il décrit comme une «guerre injuste», Musa Kitoko a lancé plusieurs appels directs aux autorités nationales, notamment à l’administration du Président Félix Tshisekedi. Il exige, entre autres, l’arrêt immédiat de l’exploitation non transparente des ressources dans les régions swahiliphones.

Il réclame également la mise en place d’un mécanisme clair de gestion des ressources naturelles, qui inclurait les communautés locales comme parties prenantes, ainsi qu’une restructuration des Forces Armées garantissant l’équité dans le recrutement, la formation et l’encadrement.

Pour Uswahili, le kiswahili n’est pas seulement une langue de communication, mais un instrument de cohésion, de justice et de résistance pacifique, particulièrement dans un contexte marqué par la méfiance, les conflits et les fractures communautaires.

Il a tenu à rappeler que l’action de sa structure s’inscrit dans une démarche inclusive et non identitaire, précisant que la swahilophonie transcende les appartenances ethniques ou provinciales. «Le kiswahili, c’est notre lien commun, notre mémoire et notre avenir partagé», a-t-il résumé.

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Vendredi 20 juin 2025 - 15:10