Par Gloire Balolage
Du 1er au 3 juillet, une scène qualifiée de macabre a été observée sur la plage de Moanda, en République démocratique du Congo, avec l’échouage suivi de la mort d’une baleine. Cet événement s’est produit dans une zone côtière de l’océan Atlantique connue pour abriter d’importantes activités d’exploration et d’exploitation pétrolière.
Dans un communiqué publié le 4 juillet, l’Alerte congolaise pour l’environnement et les droits de l’homme (ACEDH), une organisation de la société civile congolaise engagée dans la conservation de la nature et la protection des espèces intégralement protégées par la CITES, a appelé à une vigilance accrue face à cet incident.
L’organisation estime que plusieurs facteurs environnementaux pourraient être à l’origine de cet échouage. Parmi les pistes évoquées figurent d’éventuelles vibrations sismiques, les mouvements des machines de forage, ainsi que la pollution des eaux et des sols liée aux activités d’exploration et d’exploitation offshore du pétrole menées dans la zone par la société Perenco. L’entreprise, spécialisée dans l’exploration, la production et l’exploitation de pétrole et de gaz, gère plusieurs champs pétroliers, notamment en Afrique centrale, dont la RDC, en particulier dans la zone côtière de Moanda.
L’ACEDH affirme s’appuyer sur des éléments récents, notamment un audit environnemental confidentiel réalisé en juin 2026 par le cabinet Alex Stewart International à la demande du gouvernement congolais. Selon le communiqué, ce rapport aurait mis en évidence une contamination significative des sols et des eaux, ainsi qu’une dégradation importante de la biodiversité à Moanda.
Ces conclusions rejoignent, selon l’organisation, des préoccupations anciennes exprimées par plusieurs acteurs de la société civile. Ceux-ci dénoncent notamment le manque de transparence dans les opérations de Perenco, le non-respect des normes environnementales, ainsi que l’impact des activités pétrolières sur la santé et les moyens de subsistance des populations locales.
Le communiqué évoque également l’existence de poursuites judiciaires engagées en France pour préjudice écologique contre la compagnie pétrolière. Toutefois, l’ACEDH précise qu’il reste prématuré d’établir un lien de causalité direct entre les activités industrielles et la mort de la baleine, en attendant les conclusions d’une enquête indépendante.
Sur le terrain, l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) aurait été confronté à des limites opérationnelles, notamment le manque de moyens logistiques et techniques, rendant toute tentative de sauvetage impossible malgré la mobilisation des populations locales.
Enfin, la RDC rappelle son engagement dans plusieurs instruments internationaux de protection de l’environnement et des espèces marines, notamment la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS), la Convention sur les espèces migratrices (CMS) ainsi que la Convention sur la diversité biologique (CDB), qui imposent des obligations de protection du milieu marin et d’enquête en cas de mortalité anormale.
Pour rappel, l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) a finalement réussi, après trois jours d’opérations, à évacuer la baleine retrouvée morte à Moanda. L’intervention, rendue difficile par le manque de moyens techniques locaux, a nécessité l’acheminement d’une grue de 42 tonnes depuis Matadi, permettant de déplacer la carcasse estimée à environ 12 tonnes après plusieurs heures d’efforts.
Cette opération, qui a mobilisé d’importants moyens logistiques, intervient alors que les causes exactes de la mort de l’animal restent encore inconnues et font toujours l’objet d’analyses.