Par Prosper Buhuru
Le ton diplomatique n’a pas masqué l’urgence. Depuis New-York, la Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU et cheffe intérimaire de la MONUSCO, Vivian van de Perre, a exhorté le Conseil de sécurité à peser de tout son poids pour obtenir la réouverture des aéroports de Goma et de Kavumu, fermés depuis la prise de contrôle de la zone par les rebelles du M23-AFC.
Au cœur de son intervention devant le Conseil de sécurité, la responsable onusienne a insisté sur un point précis : sans la remise en service de ces deux infrastructures stratégiques, les opérations humanitaires restent lourdement entravées. Les vols de secours, tout comme ceux de la mission onusienne, demeurent suspendus, compliquant davantage l’accès aux populations affectées dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Ce plaidoyer intervient dans un contexte paradoxal. Sur le plan politique, des avancées sont enregistrées, notamment avec l’accord de paix signé à Washington entre Kigali et Kinshasa, ainsi que la reprise des discussions à Doha entre le Gouvernement congolais et les rebelles de la coalition M23-AFC. Mais sur le terrain, la réalité reste dominée par la poursuite des affrontements, avec une montée en sophistication des moyens militaires.
La cheffe intérimaire de la MONUSCO a également dénoncé l’usage de drones en dehors des zones de combat, citant notamment des incidents signalés dans la province de la Tshopo, signe d’une extension préoccupante des méthodes de guerre.
Sur le front humanitaire, le tableau est encore plus sombre. Les travailleurs humanitaires, censés opérer en toute neutralité, deviennent eux-mêmes des cibles. Depuis novembre 2025, au moins dix incidents ont été documentés, dont l’attaque du 11 mars à Goma ayant coûté la vie à une agente de l’UNICEF.
Au total, la crise a déjà forcé 6,4 millions de personnes à fuir leur foyer, en grande majorité dans l’Est du pays. Les Nations unies alertent en parallèle sur des violations graves des droits humains, impliquant aussi bien des groupes armés que certains agents étatiques, avec en toile de fond l’exploitation d’enfants dans des sites miniers.
Dans ce contexte, la réouverture des aéroports de Goma et Kavumu apparaît non seulement comme une exigence logistique, mais comme un impératif humanitaire immédiat.