Par Prosper Buhuru
Une avancée significative dans le respect des droits humains a été enregistrée à la prison centrale de Beni, au Nord-Kivu, où 104 détenus préventifs ont retrouvé la liberté, à la suite d’un plaidoyer mené par le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH) de la MONUSCO. Cette initiative vise à réduire la surpopulation carcérale et à renforcer l’accès à la justice dans l’est de la République démocratique du Congo.
Selon les autorités judiciaires militaires, ces libérations concernent exclusivement des militaires des Forces armées de la RDC (FARDC) dont la détention provisoire avait largement dépassé les délais légaux, certains étant incarcérés depuis plusieurs années sans jugement.
Pour accélérer le traitement des dossiers, le Tribunal militaire de garnison de Beni a lancé, depuis le 26 mars 2026, des audiences foraines au sein de la prison. Cette opération, qui doit se poursuivre pendant deux mois, permettra d’examiner près de 300 dossiers remontant à la période 2019–2023. Les affaires concernent des accusations variées, allant du viol d’enfants à la participation à un mouvement insurrectionnel, en passant par la propagation de faux bruits, le meurtre, la tentative de viol ou la perte d’armes.
« Il y a eu plusieurs événements pour expliquer ces délais prolongés, dont la mort de deux juges, le sous-effectif des juges, l'effet de l'état de siège qui a donné beaucoup de compétences aux juridictions qui n'ont pas beaucoup de juges ... Aujourd'hui avec le renforcement des magistrats opéré, nous nous sommes engagés à régulariser et corriger les erreurs du passé », a indiqué une source judiciaire militaire sous couvert d’anonymat.
Le BCNUDH a joué un rôle clé dans l’organisation de ces audiences, apportant soutien logistique, accompagnement technique et plaidoyer constant pour le respect des normes internationales en matière de détention.
Selon Tsongo Makelele Mashauri, directeur de la prison urbaine de Beni, « l’appui de la MONUSCO est capital. Il permet aux détenus d’accéder à la justice, de désengorger la prison et de bénéficier, le cas échéant, d’un aménagement de peine ».
Notons que la prison centrale de Beni, initialement conçue pour 250 détenus, accueille aujourd’hui plus de 1 800 personnes, soit un taux de surpopulation d’environ 400 %. La libération de ces 104 détenus constitue donc une étape majeure dans la lutte contre la détention arbitraire et illustre l’impact concret de la coopération entre la justice militaire congolaise et la MONUSCO dans un contexte sécuritaire complexe.