Par Gloire Balolage
La situation humanitaire demeure préoccupante dans la province du Nord-Kivu, selon le rapport de situation publié par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA RDC).
Ce document, couvrant la période du 1er au 30 avril 2026, met en évidence une détérioration persistante des conditions sécuritaires et humanitaires dans plusieurs territoires de la province, notamment à Masisi, Rutshuru et Beni. Les partenaires humanitaires alertent sur l’ampleur des déplacements de populations, les difficultés d’accès humanitaire ainsi que l’aggravation des besoins essentiels des communautés affectées.
Dans la zone de santé de Masisi, la dégradation de la situation sécuritaire a provoqué le déplacement de plus de 170 000 personnes à la mi-avril. Ces mouvements massifs exercent une pression considérable sur les services de base dans les zones d’accueil, déjà fragilisées par des besoins humanitaires importants. Le rapport souligne que cette situation accentue les difficultés d’accès à l’eau, aux soins de santé, à l’assistance alimentaire et aux infrastructures d’assainissement.
Les acteurs humanitaires indiquent également que les contraintes d’accès continuent de limiter la réponse sur le terrain dans plusieurs territoires du Nord-Kivu. L’insécurité persistante, combinée à la dégradation des axes routiers, réduit les mouvements des populations et complique l’acheminement de l’aide humanitaire. Cette situation affecte particulièrement les zones difficiles d’accès où les besoins restent pourtant très élevés.
Dans le territoire de Beni, les fortes pluies enregistrées dans la chefferie des Watalinga ont affecté plus de 2 000 ménages. Selon le rapport, ces intempéries ont aggravé les risques sanitaires, entraîné des pertes agricoles importantes et renforcé la vulnérabilité des communautés locales. Les conséquences humanitaires de ces pluies viennent ainsi s’ajouter à un contexte déjà marqué par l’insécurité et les déplacements de populations.
Les chiffres clés publiés par les partenaires humanitaires montrent l’ampleur de la crise dans la province. Au 30 avril 2026, le Nord-Kivu comptait environ 1,67 million de personnes déplacées internes, selon les données du CMP Nord-Kivu publiées le 19 mai 2026. Dans le même temps, près de 2,20 millions de personnes retournées ont été recensées dans la province, illustrant la complexité des mouvements de populations dans cette région affectée par les conflits armés.
Le rapport fait également état des efforts déployés dans le secteur de l’assainissement. Au total, 2 500 latrines ont été construites dans le territoire de Masisi au 30 avril 2026, selon les données du Cluster Eau, Hygiène et Assainissement. Cette intervention vise à répondre aux besoins croissants des déplacés et des communautés hôtes confrontées à des conditions sanitaires précaires.
Dans le territoire de Rutshuru, la situation sécuritaire est restée particulièrement volatile durant le mois d’avril, notamment dans la chefferie de Bwito. Les affrontements entre groupes armés ont aggravé les risques de protection des civils et limité l’accès humanitaire sur plusieurs axes stratégiques, dont Mweso–Katsiru–Nyanzale et Goma–Kanyabayonga. Ces violences ont entraîné le déplacement d’au moins 7 300 personnes vers l’axe Birundule–Lusogha, tandis que 5 500 autres ont été accueillies à Kibirizi-centre.
Des évaluations multisectorielles réalisées dans la zone de santé de Kibirizi révèlent par ailleurs la présence de plus de 105 400 déplacés dans plusieurs localités. Le rapport précise également que des milliers de déplacés et de retournés dans les zones de santé de Vitshumbi, Kibirizi-centre et Kanyabayonga présentent d’importants besoins humanitaires.
Face à cette situation, OCHA RDC rappelle poursuivre la coordination de la réponse humanitaire d’urgence afin de sauver des vies et de protéger les populations touchées par les crises humanitaires.