Par Gloire Balolage
Dans la province de l’Ituri, la situation humanitaire demeure particulièrement préoccupante en raison de l’insécurité persistante qui affecte plusieurs territoires. Les violences armées enregistrées durant le mois d’avril 2026 ont davantage fragilisé des populations civiles déjà confrontées à de multiples difficultés.
Dans la zone de santé de Fataki, notamment autour de Bule, les violences continuent de faire des victimes parmi les civils. Des sources locales rapportent que plus de dix personnes auraient été tuées et une vingtaine d’autres blessées entre le 6 et le 28 avril, alors qu’elles cherchaient de la nourriture près du site de déplacés de Plaine Savo. Ces incidents illustrent les risques auxquels sont exposées les populations déplacées qui tentent quotidiennement de survivre malgré l’insécurité.
Les affrontements armés limitent l’accès à la nourriture, perturbent les moyens de subsistance et compliquent l’intervention des acteurs humanitaires dans les zones affectées. C’est ce que révèle un rapport publié par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies, OCHA RDC, en collaboration avec les partenaires humanitaires.
Le rapport couvre la période du 1er au 30 avril 2026 et met en évidence plusieurs faits majeurs. Dans le territoire de Djugu, particulièrement autour de la localité de Bule, l’insécurité reste persistante et expose les civils aux violences des groupes armés. Cette situation empêche de nombreuses familles d’accéder à leurs champs et à leurs activités agricoles, aggravant ainsi les conditions de vie des déplacés et des communautés hôtes.
Les données humanitaires révèlent également l’ampleur des besoins dans la province. Au 30 avril 2026, l’Ituri comptait près de 980 000 personnes déplacées internes, selon la Commission des mouvements de populations. Malgré ce contexte difficile, environ 16 900 personnes ont pu bénéficier de soins de santé dans l’ensemble de la province grâce aux interventions du Cluster Santé. Par ailleurs, plus de 110 000 personnes ont reçu une aide monétaire dans le territoire de Djugu afin de répondre à certains besoins essentiels.
Les déplacés internes vivant sur le site de Plaine Savo connaissent également d’importantes difficultés d’accès à la nourriture. L’accès humanitaire à cette zone reste fortement limité à cause des affrontements entre groupes armés dans les environs. Le rapport souligne que la dernière distribution alimentaire remonte à décembre 2025, une situation qui compromet davantage la sécurité alimentaire des milliers de personnes vivant sur ce site.
L’insécurité persistante a par ailleurs entraîné l’abandon presque total de la localité de Bule. De nombreux habitants ont été contraints de fuir vers le site de Plaine Savo pour chercher refuge. Selon les données relayées dans le rapport, plus de 26 800 personnes avaient déjà quitté la zone de santé de Fataki vers celle voisine de Rethy durant la première moitié du mois d’avril, témoignant de l’ampleur des déplacements de populations dans cette partie de l’Ituri.
La dégradation de la situation sécuritaire s’est également poursuivie à la fin du mois d’avril avec de nouveaux affrontements signalés dans la région. Les combats du 28 avril à Pimbo ainsi qu’une attaque armée menée le 29 avril contre le village de Bbasa auraient fait au moins sept morts, selon les autorités locales. Ces violences ont également provoqué le déplacement d’environ 200 personnes vers Jina, où les besoins humanitaires demeurent importants.
Au-delà des déplacements et des pertes en vies humaines, les violences armées continuent de perturber les services essentiels dans plusieurs zones de l’Ituri. La fermeture de certaines écoles et structures sanitaires affecte des milliers de personnes et réduit l’accès aux services de base. Dans ce contexte, les acteurs humanitaires restent confrontés à d’énormes défis pour assister efficacement les populations touchées par cette crise qui perdure dans la province.