Par Gloire Balolage
Une nouvelle épidémie d’Ebola frappe la République démocratique du Congo, particulièrement la province de l’Ituri, avec des répercussions déjà signalées en Ouganda et sous surveillance au Soudan du Sud. L’alerte a été confirmée par l’Organisation mondiale de la santé et Africa CDC, alors que plusieurs dizaines de cas et de nombreux décès ont déjà été recensés.
Dans une interview accordée à RFI, le directeur général d’Africa CDC, Dr Jean Kaseya, a donné des détails préoccupants sur cette flambée épidémique. Selon lui, les premières alertes ont été enregistrées le 5 mai 2026, lorsque l’OMS a reçu des signalements de cas suspects dans la région de Mungbwalu, en Ituri.
Interrogé sur l’identification du patient zéro, le Dr Jean Kaseya a expliqué que les investigations épidémiologiques sont encore en cours. Les équipes sanitaires cherchent à reconstituer la chronologie des premiers cas, les déplacements des personnes contaminées, les soins reçus ainsi que les événements communautaires susceptibles d’avoir favorisé la propagation du virus.
Les autorités sanitaires accordent également une attention particulière aux funérailles et aux mouvements de population, considérés comme des facteurs majeurs de transmission. Pour Africa CDC, les informations recueillies au sein des communautés locales restent essentielles avant toute confirmation scientifique officielle.
L’inquiétude grandit au niveau régional. Le directeur d’Africa CDC a confirmé que l’Ouganda est déjà touché par des cas importés depuis la RDC. Il s’agit de la même souche détectée en Ituri, identifiée comme la souche « Bundibugyo ».
Une personne contaminée en provenance de la RDC serait déjà décédée en Ouganda. Face à cette situation, les autorités sanitaires africaines renforcent les mécanismes de détection rapide, la surveillance des contacts et les dispositifs de prévention dans les zones frontalières. Au Soudan du Sud, des mesures de prévention intensives sont également en cours afin d’anticiper une éventuelle propagation.
Le Dr Jean Kaseya a insisté sur la nature inhabituelle de cette flambée. Contrairement aux précédentes épidémies qui ont frappé la RDC depuis 1976, celle-ci n’est pas liée à la souche Zaïre, la plus connue du grand public. Il a rappelé qu’il existe plusieurs variantes du virus Ebola, mais que trois souches reviennent régulièrement dans les discussions scientifiques : « Zaïre », « Soudan » et « Bundibugyo ». La souche actuellement détectée en RDC appartient à cette dernière catégorie.
L’élément le plus préoccupant soulevé par le responsable d’Africa CDC concerne l’absence actuelle de vaccin et de traitement homologués contre la souche « Bundibugyo ». Dans son entretien à RFI, le Dr Jean Kaseya a indiqué qu’aucun médicament ni vaccin n’est disponible pour le moment face à cette variante du virus.
Il a toutefois précisé que des vaccins candidats et des traitements expérimentaux existent déjà et font actuellement l’objet d’études avec plusieurs partenaires et industriels pharmaceutiques.
Enfin, le directeur général d’Africa CDC a exprimé sa plus grande inquiétude pour les 72 prochaines heures. Il redoute l’existence de chaînes de transmission invisibles, de contacts non identifiés ou de personnes exposées qui pourraient traverser les frontières vers Bunia, l’Ouganda ou le Soudan du Sud.
Il a également évoqué les risques auxquels sont exposés les soignants en manque de protection suffisante, ainsi que les décès communautaires organisés sans enterrements sécurisés. Pour lui, les prochains jours seront décisifs afin de transformer cette alerte sanitaire en une réponse structurée basée sur l’identification des contacts, la sécurisation des soins, le renforcement des laboratoires et une meilleure sensibilisation des communautés.
Une équipe médicale a été déployée sur le terrain afin d’effectuer des prélèvements et d’analyser les premiers cas suspects. Les premiers résultats s’étant révélés négatifs, ce n’est que le 15 mai que l’Institut national de recherche biomédicale a confirmé officiellement des cas positifs d’Ebola, ouvrant ainsi la voie à une mobilisation sanitaire renforcée.