Par Prosper Buhuru
L’organisation féminine Programme d’Action Communautaire des Femmes pour le Développement Intégré (PACOFEDI) a publié son rapport annuel, mettant en lumière 2025 comme une année marquée par une dégradation continue de la situation sécuritaire, humanitaire et socio-économique dans la province du Nord-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans son mot de circonstance, la présidente de PACOFEDI, Libérata Rubumba Buratwa, décrit une année de résilience communautaire face aux conflits armés persistants, aux déplacements massifs de populations, à la montée des violences basées sur le genre et à l’affaiblissement des mécanismes de protection sociale.
Selon le rapport, les femmes, les jeunes filles, les personnes déplacées et les groupes vulnérables ont été les plus exposés aux conséquences de cette crise multidimensionnelle dans les territoires de Nyiragongo, Rutshuru, Masisi, Beni, Lubero ainsi que dans la ville de Goma.
Le document souligne que l’année 2025 a été marquée par des affrontements armés répétés ayant provoqué de nouveaux déplacements massifs de populations civiles. Plusieurs milliers de familles ont été contraintes de fuir leurs villages, s’installant dans des sites de déplacés ou des familles d’accueil, dans des conditions jugées précaires.
Les conséquences observées incluent la perte des moyens de subsistance, l’interruption de la scolarité des enfants, la séparation familiale et une augmentation significative de la vulnérabilité économique des ménages.
Le rapport met également en évidence une dégradation des services sociaux de base, notamment dans le secteur de la santé, avec des structures fonctionnant à capacité réduite dans plusieurs zones affectées par l’insécurité.
PACOFEDI alerte également sur l’augmentation des violences basées sur le genre, particulièrement dans les zones de conflit et les sites de déplacés. Le document évoque des cas de violences sexuelles, d’exploitation, de mariages forcés et de violences domestiques, aggravés par l’impunité, la stigmatisation sociale et la faiblesse des mécanismes de protection et de prise en charge. Les survivantes font face à un accès limité aux services de santé sexuelle et reproductive ainsi qu’à un accompagnement psychosocial insuffisant.
Sur le plan économique, le rapport souligne l’effondrement progressif des activités agricoles et commerciales dans la région. L’agriculture, principale source de revenus des ménages, a été fortement perturbée par les conflits et les catastrophes naturelles. Cette situation a entraîné une hausse de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire, poussant de nombreuses familles à dépendre de l’aide humanitaire. Cependant, les femmes, en particulier, ont développé des stratégies de survie à travers de petits commerces et des mécanismes d’épargne communautaire.
Malgré ce contexte difficile, PACOFEDI met en avant la résilience des communautés locales, en particulier le rôle central des femmes dans la médiation, la prévention des conflits et la cohésion sociale.
L’organisation souligne l’efficacité de dispositifs communautaires tels que les paillottes de paix, les groupes d’épargne AVEC et les mécanismes d’alerte précoce dans la réduction de certaines tensions locales.
Par ailleurs, en 2025, PACOFEDI a renforcé sa visibilité au niveau régional et international, notamment à travers sa participation à des consultations sur l’agenda Femmes, Paix et Sécurité, la Résolution 1325 ainsi que des espaces de médiation liés aux processus de paix dans l’Est de la RDC.
À travers ces engagements, l’organisation affirme avoir porté la voix des femmes du Nord-Kivu dans plusieurs forums continentaux et internationaux.
PACOFEDI appelle enfin à une réponse plus coordonnée, durable et inclusive face aux crises persistantes, en mettant l’accent sur la protection des civils, le renforcement des mécanismes communautaires et la participation effective des femmes dans les processus de paix et de développement.
Le rapport conclut sur un engagement renouvelé de l’organisation en faveur d’une société plus inclusive, plus juste et plus résiliente dans un contexte marqué par des défis humanitaires persistants.