Par Gloire Balolage
La situation liée à l’épidémie d’Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo demeure particulièrement préoccupante, deux mois et demi après sa déclaration. Alors que les équipes médicales poursuivent leurs efforts sur le terrain, la propagation du virus reste soutenue et de nouvelles localités continuent de signaler des cas suspects.
Dans un communiqué de presse publié le 5 août 2025 à l’occasion de la visite en RDC du directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Médecins Sans Frontières (MSF) estime que la situation est désormais « plus critique que jamais ».
Selon les données de l’OMS citées par MSF, 3 605 cas confirmés avaient été enregistrés au 1er août, faisant de cette flambée la plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée en RDC, devant celle de 2018. En seulement onze semaines après la déclaration de l’épidémie, près de 1 500 personnes étaient déjà décédées. MSF souligne que ce bilan dépasse largement celui enregistré lors d’autres épidémies sur une période comparable, notamment celle qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest en 2014 et qui avait provoqué 279 décès durant le même laps de temps.
Pour MSF, l’évolution actuelle ne laisse pas apparaître de signe de ralentissement. De nouveaux cas suspects sont signalés presque quotidiennement dans de nouvelles localités et certains apparaissent en dehors des chaînes de transmission déjà identifiées. Face à cette progression, MSF appelle à accélérer la riposte afin qu’elle puisse aller plus vite que la transmission du virus. L’organisation estime également que la réponse médicale internationale doit être renforcée rapidement et que plusieurs lacunes critiques doivent encore être comblées.
La surveillance et le suivi des contacts constituent notamment l’un des principaux défis identifiés par MSF. Malgré des avancées dans le dépistage et la recherche des personnes ayant été en contact avec des cas, les résultats restent jugés insuffisants pour contenir la propagation. Dans le centre de traitement Ebola géré par MSF à Bunia, 90 % des patients admis n’étaient pas des contacts suivis. À l’échelle de la province de l’Ituri, seuls 59 % des contacts avaient été tracés. Pour l’organisation, ces chiffres montrent la nécessité d’une collaboration beaucoup plus étroite avec les communautés, qui doivent être placées au centre de la réponse.
MSF insiste également sur le fait que l’épidémie intervient dans un contexte humanitaire déjà marqué par d’autres urgences sanitaires. Le paludisme, la rougeole, le choléra, la malnutrition ainsi que plusieurs autres maladies continuent de provoquer des cas graves et des décès. Dans ce contexte, le maintien du fonctionnement des établissements de santé reste essentiel afin de garantir la continuité des soins médicaux indispensables pendant la riposte contre Ebola, tout en contribuant à la protection des agents de santé.
L’accès aux zones touchées représente par ailleurs une autre difficulté majeure. MSF souligne particulièrement les contraintes qui pourraient apparaître dans les secteurs reculés avec le début de la saison des pluies, susceptible de compliquer les déplacements et de perturber les opérations.
L’organisation appelle ainsi à garantir l’acheminement des fournitures médicales, mais aussi le maintien des indemnités et du soutien accordés aux agents de santé engagés en première ligne. Elle demande également des garanties afin que les restrictions aux frontières, les mesures sanitaires ou les contraintes administratives ne bloquent pas la rotation du personnel humanitaire, les évacuations et transferts médicaux ou encore la livraison des approvisionnements.
Dans sa déclaration, MSF identifie trois priorités immédiates pour renforcer la riposte : améliorer la surveillance épidémiologique, renforcer l’engagement avec les communautés et garantir l’accès du personnel humanitaire. L’organisation considère que, malgré l’intensification des interventions, la réponse n’atteint toujours pas suffisamment rapidement les communautés pour interrompre les chaînes de transmission. Elle appelle donc à une action urgente, estimant que chaque retard supplémentaire laisse au virus la possibilité de poursuivre sa progression et d’entraîner davantage de pertes humaines.
Sur le terrain, plus de 1 400 membres du personnel de MSF sont actuellement mobilisés dans la lutte contre Ebola dans l’est de la RDC. L’organisation gère sept centres de traitement Ebola et plus de 15 unités d’isolement répartis en Ituri, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et dans la Tshopo, pour une capacité totale de plus de 480 lits.
Depuis le début de l’épidémie, ses équipes indiquent avoir admis plus de 1 362 patients, dont 554 cas confirmés, et avoir contribué à la guérison de 282 personnes grâce à leur prise en charge. MSF poursuit également son soutien au ministère de la Santé dans la surveillance, le dépistage, la mobilisation communautaire et la formation, tout en participant au maintien de l’accès à d’autres services de santé essentiels dans plusieurs provinces du pays.