Par Gloire Balolage
La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), à travers sa Commission Justice et Paix Congo, a appelé à une réforme du cadre légal encadrant les manifestations publiques ainsi qu’à des poursuites contre les auteurs des violations des droits humains commises lors du sit-in organisé le 12 juin 2026 à Kinshasa par la Coalition Article 64 (C64). Ces recommandations figurent dans un rapport de monitoring signé par le secrétaire général de la CENCO, l’abbé Donatien Nshole, le 15 juin.
Selon ce document, la manifestation s’est tenue dans un contexte de fortes tensions politiques liées au projet de changement de la Constitution porté par la majorité au pouvoir. La Coalition Article 64 considère que cette démarche vise les dispositions jugées intangibles de la Constitution de 2006, tandis que la majorité soutient qu’il s’agit d’adapter la loi fondamentale aux réalités actuelles du pays et aux exigences de sa souveraineté.
Pour suivre le déroulement de cette mobilisation, Justice et Paix Congo a déployé quinze moniteurs mobiles dans différents points stratégiques de la capitale. Cinq observateurs ont été positionnés aux alentours du Palais du Peuple, alors que dix autres ont été répartis sur plusieurs grandes artères de Kinshasa afin d’observer les comportements des manifestants et des forces chargées du maintien de l’ordre.
Le rapport indique qu’une réunion de concertation avait été organisée la veille entre les autorités provinciales et les représentants de la Coalition Article 64. Le gouvernement provincial avait proposé de déplacer le lieu du sit-in vers le terrain Assossa, dans la commune de Kasavubu, et de reporter l’activité à l’après-midi afin de ne pas perturber le déroulement du TENASOSP. Ces propositions ont toutefois été rejetées par les organisateurs, mettant fin aux discussions sans accord.
Les observateurs de Justice et Paix Congo rapportent également une mobilisation de jeunes de la Force du progrès dans les heures précédant la manifestation. Le document indique qu’un important dispositif sécuritaire composé de militaires et de policiers a été déployé dès le matin dans plusieurs carrefours et grandes avenues de la capitale. Des contrôles d’identité auraient été effectués et plusieurs personnes interpellées.
Au fil de la journée, la tension est montée lorsque les leaders de la C64 et certains responsables de l’opposition ont quitté leurs sièges respectifs pour se diriger vers le Palais du Peuple. D’après le rapport, plusieurs sièges de partis politiques et regroupements de l’opposition, notamment ceux de l’ECiDé, du FONUS et de l’Alliance pour le changement, auraient été attaqués par des éléments de la Force du progrès. Les manifestants empruntant l’avenue de l’Enseignement auraient également été pris pour cible.
Les affrontements les plus violents se sont produits aux alentours du Palais du Peuple. Justice et Paix Congo affirme que les forces de l’ordre, des éléments de la Force du progrès et les manifestants se sont opposés dans des heurts ayant causé des pertes en vies humaines et de nombreux blessés. Le rapport dénonce par ailleurs un usage disproportionné de la force par la police au cours de ces événements.
Dans son bilan, la Commission Justice et Paix Congo fait état d’au moins deux manifestants tués, de dizaines de blessés, de nombreuses interpellations ainsi que de plusieurs cas présumés d’extorsion de biens. Face à cette situation, l’organisation recommande l’adoption d’un cadre légal moderne sur les manifestations publiques, le renforcement des capacités de la police, l’ouverture d’une enquête indépendante sur les violations signalées et la traduction des responsables devant les juridictions compétentes.
Elle appelle également à une meilleure protection des libertés publiques, qu’elle considère comme essentielles au fonctionnement démocratique et à la cohésion sociale en République démocratique du Congo.