Par Prosper Buhuru
La compagnie aérienne nationale congolaise est aujourd’hui confrontée à un paradoxe majeur : créée pour renforcer la souveraineté de la RDC dans le transport aérien, Congo Airways ne dispose actuellement d’aucun avion opérationnel pour assurer des vols commerciaux.
À l’aéroport international de N’djili, à Kinshasa, les appareils de la compagnie restent immobilisés. Une situation qui contraste fortement avec les ambitions affichées lors de la création de Congo Airways en 2015, à l’époque dotée d’une flotte de quatre avions.
L’un des dossiers les plus sensibles concerne notamment un Embraer E-190 acquis grâce à un financement de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Bien que cet appareil représente une possibilité concrète de relance, son exploitation demeure suspendue à plusieurs préalables techniques et opérationnels.
D’après des informations recueillies au sein de la compagnie par Radio Okapi, Congo Airways ne disposerait pas encore de suffisamment de pilotes habilités à prendre les commandes de ce type d’appareil. Des documents techniques ainsi que certaines pièces indispensables à son exploitation et à sa maintenance feraient également défaut.
Le problème ne se limite toutefois pas à cet avion. Les autres appareils appartenant à la compagnie sont eux aussi à l’arrêt, principalement en raison de contraintes liées à leur maintenance.
À ces difficultés techniques s’ajoute une situation financière préoccupante. Des agents de Congo Airways font état d’un niveau élevé d’endettement et d’arriérés de rémunérations, révélant les difficultés structurelles auxquelles l’entreprise est confrontée depuis plusieurs années.
La gouvernance de la société est également mise en cause. Une enquête officielle avait déjà relevé d’importants dysfonctionnements dans la gestion administrative et financière de l’entreprise, avec des conséquences susceptibles d’exposer davantage l’État congolais.
Face à cette situation, le président Félix Tshisekedi avait demandé, en mars 2026, la mise en place d’un plan de relance qualifié de « réaliste et rigoureusement encadré ». Cette orientation devait notamment s’accompagner d’une réforme de la gouvernance de Congo Airways.
Sur le terrain, des mesures commencent néanmoins à être prises. Depuis janvier 2026, la compagnie affirme avoir engagé un processus de recrutement de pilotes et de techniciens spécialisés dans l’exploitation de l’Embraer E-190. L’objectif est de réunir les compétences nécessaires à la remise en service de cet appareil.
La direction de Congo Airways se veut d’ailleurs rassurante. Sollicité sur les perspectives de reprise, son administrateur délégué général s’est déclaré confiant quant à un redémarrage prochain des activités.
Cette perspective reste cependant tributaire de plusieurs conditions : disponibilité des équipages qualifiés, accès aux pièces et à la documentation technique, remise en état des appareils et, plus largement, assainissement de la situation financière de l’entreprise.
Pour Congo Airways, l’enjeu n’est donc plus seulement de remettre un avion en vol. Il s’agit désormais de réunir les conditions techniques, financières et institutionnelles permettant à la compagnie nationale de retrouver durablement sa place dans le ciel congolais.