Par Gloire Balolage
Face à l’épidémie de maladie à virus Ebola, les pharmaciens jouent un rôle de sentinelles sanitaires, notamment dans la prévention de l’automédication et l’orientation des personnes présentant des symptômes suspects. Le Dr Helvis Baraka, pharmacien et vice-président de l’Ordre des pharmaciens, actuellement en mission de service à Goma, explique que cette intervention passe notamment par le refus de délivrer certains médicaments de manière empirique, le contrôle des produits de faible qualité, la détection passive des cas suspects et leur orientation vers les structures appropriées.
Ces précisions ont été données à Opinion-info.cd par le Dr Helvis Baraka lors d’une interview accordée le week-end dernier, en marge de la célébration de la Journée mondiale des pharmaciens. Intervenant sur la situation liée à l’épidémie d’Ebola, particulièrement en Ituri, considérée comme l’épicentre de la maladie, il a détaillé les différents rôles assumés par les pharmaciens dans la prévention et la riposte.
Selon lui, le pharmacien est un acteur de première ligne dans la prévention et la lutte contre le virus. Son travail s’articule autour de plusieurs axes : conseiller, sensibiliser et orienter la population, assurer la gestion logistique et de la chaîne d’approvisionnement, mais aussi participer à la lutte contre la désinformation.
Le pharmacien insiste particulièrement sur la circulation d’informations qui ne reposent pas toujours sur des données scientifiques. Avec l’Ordre des pharmaciens, les professionnels du secteur mènent ainsi un travail quotidien pour rétablir les informations scientifiques et contribuer à la lutte contre le virus. La sensibilisation constitue, selon lui, l’un des moyens de réduire les résistances au sein de la communauté.
Concernant spécifiquement l’automédication, le Dr Helvis Baraka présente le pharmacien comme un régulateur et une « sentinelle sanitaire ». Il évoque notamment le refus de délivrer de manière empirique certains médicaments et le contrôle des produits de faible qualité. Cette approche vise également à éviter que certaines pratiques de prise en charge ne retardent l’orientation des personnes susceptibles d’être atteintes par la maladie.
En présence de symptômes ou lorsqu’un cas est suspecté, le pharmacien participe également à l’orientation du patient. Il cite notamment la détection passive des cas suspects, l’encouragement à l’isolement, le référencement en urgence en cas de symptômes, ainsi que l’éducation et l’orientation vers les centres de traitement Ebola (CTE).
Le pharmacien évoque par ailleurs les difficultés liées à la disponibilité et à la qualité des médicaments. Avec la propagation de la maladie, les fournisseurs de médicaments de qualité peuvent être fortement sollicités, tandis que la circulation de produits contrefaits constitue également une préoccupation dans le contexte de la riposte.
Pour limiter la propagation du virus, il appelle enfin la population à suivre les directives de prévention, notamment les mesures de protection et le lavage des mains, tout en évitant les contacts avec les personnes présentant des signes de la maladie. Il cite notamment la fièvre et les maux de tête parmi les manifestations possibles, tandis que les saignements figurent, selon lui, parmi les signes avancés.
L’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie. Selon le dernier point de situation publié par l’Organisation mondiale de la Santé le 25 septembre, la RDC comptait, au 23 septembre, 7 890 cas confirmés et 3 799 décès liés à la maladie à virus Ebola, soit une létalité de 48,1 %. L’Ituri restait la province la plus touchée, avec 6 032 cas confirmés depuis le début de l’épidémie, dont 868 enregistrés au cours des 21 jours précédents.
L’OMS indique toutefois que l’incidence des cas en Ituri diminuait progressivement par rapport au pic observé à la mi-août, même si la transmission demeurait élevée.