Par Gloire Balolage
La Journée mondiale des pharmaciens, célébrée chaque année le 25 septembre, a été marquée à Goma, dans la province du Nord-Kivu, par une rencontre consacrée aux enjeux liés à l'exercice de la profession pharmaceutique et à la santé publique. L'Ordre des pharmaciens du Nord-Kivu a organisé cette activité ce samedi 26 septembre 2026, réunissant plusieurs pharmaciens autour du thème : « Exercice de la profession de pharmacien, la résistance aux antimicrobiens et la pharmacovigilance ».
Cette rencontre a notamment permis aux professionnels de ce secteur d'échanger sur leur travail quotidien, les défis auxquels ils font face ainsi que sur la nécessité de renforcer la sensibilisation de la population autour du bon usage des médicaments. Les pharmaciens, considérés comme des professionnels de santé de proximité, interviennent dans différents cadres, notamment à l'officine, à l'hôpital, dans l'industrie pharmaceutique, la biologie médicale ou encore dans la recherche.
Prenant la parole à cette occasion, le président du Conseil provincial de l'Ordre des pharmaciens du Nord-Kivu, le docteur Ahadi Bonheur, a rappelé que cette journée constitue une occasion pour les pharmaciens de se retrouver, mais également de réfléchir aux enjeux de leur secteur.
Le docteur Ahadi Bonheur a particulièrement insisté sur ce qu'il considère comme un défi législatif dans le secteur pharmaceutique en République démocratique du Congo. Selon lui, le secteur n'est pas suffisamment autonomisé, ce qui permet à certaines personnes d'ouvrir des officines alors que, d'après les normes, l'ouverture d'une officine pharmaceutique relève d'un pharmacien autorisé et diplômé.
Face à cette situation, le président du Conseil provincial de l'Ordre des pharmaciens du Nord-Kivu affirme que la profession mène des démarches auprès des autorités de régulation et des autorités législatives. Il présente cette démarche comme une action à la fois scientifique et relevant de la société civile, avec pour objectif de sécuriser le secteur pharmaceutique, qu'il considère comme essentiel pour la santé publique.
« Les médicaments sont une pierre angulaire de la santé publique », a-t-il souligné, estimant que l'accès aux médicaments et leur bonne utilisation constituent des éléments importants dans le système de santé. Il a également indiqué que l'Ordre travaille avec les autorités sanitaires de la province et de la ville de Goma afin de décourager certaines pratiques qu'il juge problématiques dans le secteur.
Autre préoccupation soulevée par le docteur Ahadi Bonheur : les formations professionnelles de courte durée dans le domaine de la pharmacie. Il dit avoir été surpris que des personnes puissent être autorisées à suivre des formations de trois ou six mois pour devenir vendeurs de médicaments, alors que les études de pharmacie durent, selon lui, six à sept ans. Il appelle ainsi les autorités à intervenir afin que ces pratiques soient annulées et que le secteur soit remis en ordre.
Il a également évoqué la collaboration avec l'Agence nationale du médicament (ANAMED), ainsi qu'avec les structures chargées de l'approvisionnement en médicaments. Il rappelle que le pharmacien est la personne autorisée à dispenser et à contrôler les médicaments, soulignant ainsi l'importance de son rôle dans la chaîne pharmaceutique.
À Goma, le docteur Ahadi Bonheur indique que 126 pharmaciens sont actuellement reconnus dans la ville et que 27 officines appartiennent à des pharmaciens. Il explique que les officines reconnues peuvent notamment être identifiées grâce aux caducées et aux numéros d'ordre des pharmaciens, estimant que ces éléments permettent à la population de distinguer les professionnels reconnus.
Il invite également la population à être attentive lorsqu'elle achète des médicaments. Pour lui, un professionnel doit notamment être capable d'expliquer au patient la manière de prendre un médicament, les précautions à respecter, les effets secondaires ainsi que les éventuelles interactions médicamenteuses et alimentaires. Il insiste par ailleurs sur la nécessité de consulter un médecin et de se rendre à la pharmacie avec une ordonnance plutôt que de recourir à l'automédication.
La résistance aux antimicrobiens a également occupé une place importante dans les échanges. De son côté, le professeur Kule Kyolu Samuel, enseignant et pharmacien, a expliqué que les antimicrobiens regroupent notamment les médicaments utilisés contre certaines infections causées par des bactéries, mais également ceux utilisés contre des maladies liées aux parasites, aux virus et aux champignons.
Selon lui, l'un des problèmes majeurs réside dans l'usage abusif des antibiotiques, notamment lorsque des personnes achètent et utilisent ces médicaments sans prescription médicale. Il a également évoqué les prescriptions irrationnelles qui, selon lui, ne reposent pas suffisamment sur un diagnostic précis. Il rappelle qu'un diagnostic médical et, lorsque cela est nécessaire, des examens de laboratoire permettent de déterminer l'origine d'une infection avant l'utilisation d'un antibiotique.
Le professeur Kule Kyolu Samuel a surtout insisté sur les conséquences possibles de la résistance aux antibiotiques. Il explique que les germes peuvent développer des mécanismes de résistance aux médicaments, rendant certains traitements inefficaces. Dans les cas de multirésistance, a-t-il poursuivi, la gamme d'antibiotiques disponibles peut ne plus permettre de traiter efficacement un malade. Il présente ainsi la mort comme l'une des conséquences les plus graves de cette situation et affirme que plus de 20 000 personnes meurent chaque année dans le pays à cause de la résistance aux antibiotiques et aux antimicrobiens en général.
Dans cette lutte, le pharmacien joue, selon le professeur Kule Kyolu Samuel, un rôle important. Il doit notamment recevoir et analyser les ordonnances, vérifier si le médicament est approprié et conseiller le patient sur la manière de prendre les antibiotiques. Il doit également participer à l'éducation de la population afin de prévenir l'automédication et les risques liés au développement d'une multirésistance. Il recommande par ailleurs aux patients de suivre le traitement jusqu'à son terme, de ne pas interrompre la cure sans avis médical et de rapporter à la pharmacie les médicaments restants plutôt que de les jeter dans les poubelles ou dans l'environnement.
Pour rappel, la Journée mondiale des pharmaciens a été créée en 2009 par la Fédération internationale pharmaceutique (FIP), afin de commémorer la date de fondation de cette organisation, créée en 1912. Célébrée chaque année le 25 septembre, elle vise à mettre en lumière le rôle des pharmaciens dans la santé et à favoriser la réflexion sur les enjeux de leur profession.