Par Gloire Balolage
La santé mentale demeure un enjeu majeur de santé publique à Goma, où les besoins en matière de prise en charge psychiatrique continuent de mobiliser les professionnels de santé. Entre dépression, épilepsie, troubles bipolaires et troubles anxieux, plusieurs pathologies nécessitent un accompagnement adapté, dans un contexte marqué notamment par les difficultés socio-économiques et les conséquences des conflits armés.
Dans une interview exclusive accordée à Opinion-info.cd, ce vendredi 9 octobre, en prélude à la célébration de la Journée mondiale de la santé mentale, prévue ce samedi 10 octobre, la Dre Neema Kahatwa, médecin psychiatre au Centre hospitalier neuropsychiatrique de Goma, a indiqué que son établissement avait enregistré environ 700 nouveaux cas entre janvier et octobre 2026. Elle a également insisté sur l'importance d'une prise en charge globale des patients et sur la nécessité de rendre les soins de santé mentale plus accessibles à la population.
Pour la Dre Neema Kahatwa, la santé mentale constitue une composante essentielle de la santé générale.
« La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité », a-t-elle expliqué, rappelant que la dimension mentale figure déjà dans la définition générale de la santé.
S'agissant de la santé mentale proprement dite, elle précise qu'une personne est en bonne santé mentale lorsqu'elle se trouve dans un état de bien-être qui lui permet de faire face aux difficultés quotidiennes et de participer activement à la vie sociale.
« C'est un état de bien-être humain qui nous permet de faire face aux différents stress de la vie, de réaliser notre potentiel, d'apprendre, de bien travailler et de contribuer au développement », a-t-elle indiqué.
Au Centre hospitalier neuropsychiatrique de Goma, plusieurs pathologies sont prises en charge, notamment l'épilepsie, la dépression, les troubles bipolaires, les troubles psychotiques, dont la schizophrénie, ainsi que les troubles anxieux. La Dre Neema Kahatwa mentionne également les troubles liés à la consommation de substances psychoactives, l'alcoolisme, la toxicomanie, les phobies sociales et spécifiques, ainsi que certaines affections neurologiques, notamment la maladie de Parkinson et les céphalées.
Face à cette diversité de pathologies, la médecin psychiatre insiste sur la nécessité d'un accompagnement qui tienne compte de toutes les dimensions de la personne malade.
« La prise en charge en psychiatrie est une prise en charge globale, holistique. On ne voit pas seulement le physique. On voit aussi les aspects psychologiques et sociaux », a-t-elle souligné. Cette approche comprend notamment un traitement médicamenteux, à travers l'utilisation de médicaments psychotropes lorsque cela est nécessaire, ainsi que des séances de psychothérapie adaptées aux patients.
La prise en charge sociale constitue également un volet important du traitement. Selon la Dre Neema Kahatwa, les professionnels de santé évaluent les difficultés sociales auxquelles les patients sont confrontés afin de travailler sur les problèmes identifiés. L'objectif est ainsi de ne pas limiter les soins aux seuls symptômes, mais de prendre en considération les conditions dans lesquelles évoluent les personnes concernées.
Concernant les facteurs susceptibles de favoriser l'apparition des troubles mentaux, la Dre Neema Kahatwa évoque notamment la situation sécuritaire, les conflits armés et les difficultés socio-économiques.
« Les conflits armés font partie des facteurs environnementaux. Les problèmes socio-économiques font également partie des déterminants des maladies psychiatriques », a-t-elle déclaré. Elle a aussi attiré l'attention sur l'usage abusif de certaines substances psychoactives.
En prélude à la Journée mondiale de la santé mentale, le Centre hospitalier neuropsychiatrique de Goma a lancé, depuis le 4 octobre, des activités de sensibilisation dans différentes écoles et églises.
« Nous parlons de la santé mentale, des différents signes et symptômes que l'on retrouve en psychiatrie », a expliqué la Dre Neema Kahatwa. Une conférence avec certains patients est également prévue dans le cadre de ces activités, afin d'échanger autour du thème retenu pour cette édition.
Pour améliorer la situation, la Dre Neema Kahatwa appelle le gouvernement à accorder davantage de place à la santé mentale dans le système de santé.
« Les soins de santé mentale ne sont pas vraiment accessibles à la population », a-t-elle déploré, avant de recommander au gouvernement d'« intégrer la santé mentale dans les soins de santé ».
Elle encourage, par ailleurs, la population à adopter des habitudes favorables au bien-être psychologique, notamment la pratique d'exercices physiques, un sommeil réparateur, une alimentation équilibrée et le maintien des liens sociaux. Elle recommande également d'éviter l'usage abusif des drogues et d'autres substances psychoactives, tout en invitant les personnes confrontées à des difficultés de santé mentale à se rendre au Centre hospitalier neuropsychiatrique de Goma pour bénéficier de soins adaptés.