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Santé mentale en RDC : le travail social en première ligne face aux détresses psychologiques des personnes vulnérables

sam 10/10/2026 - 14:53
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Madame PHOLA TEDIKA Clarisse, secrétaire permanente provinciale du Corps des Assistants Sociaux de la ville de Kinshasa, en échange avec des personnes vulnérables, dans le cadre de l’accompagnement psychosocial.
Madame PHOLA TEDIKA Clarisse, secrétaire permanente provinciale du Corps des Assistants Sociaux de la ville de Kinshasa, en échange avec des personnes vulnérables, dans le cadre de l’accompagnement psychosocial.

Par Serge Mavungu

La santé mentale constitue un enjeu majeur de protection sociale en République démocratique du Congo (RDC), où la pauvreté, les violences, les déplacements de populations, les conflits familiaux et l’exclusion peuvent fragiliser le bien-être psychologique de nombreuses personnes. À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée ce 10 octobre 2026, l’accent est mis sur la nécessité de renforcer l’accompagnement psychosocial des personnes vulnérables, mais aussi de mieux protéger les professionnels chargés de les soutenir.

Placée sous le thème international « À l’écoute de l’expérience vécue : des voix authentiques pour un réel changement », cette journée est également célébrée en RDC sous le thème « Quand les voix sont entendues, le changement devient réel : agir pour la santé mentale en RDC ». Ces messages mettent en évidence l’importance de prendre en compte l’expérience des personnes concernées et de traduire leurs besoins en actions concrètes.

Dans sa réflexion consacrée à cette problématique, Clarisse Phola Tedika, secrétaire permanente provinciale du Corps des assistants sociaux de la ville de Kinshasa (CASo Kinshasa), souligne la place essentielle du travail social dans la prévention, l’accompagnement psychosocial et la protection des personnes confrontées à différentes formes de vulnérabilité.

La santé mentale, au-delà de la maladie

La santé mentale ne se résume pas à l’absence de troubles psychiques. Elle concerne également la capacité d’une personne à faire face aux difficultés, à entretenir des relations sociales et à participer à la vie de sa communauté.

En RDC, les violences, le chômage, le deuil, la pauvreté, l’isolement et l’insécurité peuvent aggraver les souffrances psychologiques. Ces réalités appellent une réponse qui dépasse le seul domaine médical et mobilise les secteurs de la santé, des affaires sociales, de l’éducation, de la justice et de la protection de l’enfant.

Derrière certaines situations sociales se cachent des souffrances parfois difficiles à exprimer. Il peut s’agir d’un enfant victime de violences, d’une femme confrontée à des abus, d’une personne âgée isolée ou d’une famille vivant dans une précarité extrême.

Face à ces situations, les travailleurs sociaux doivent être en mesure de reconnaître les signes de vulnérabilité, d’écouter sans porter de jugement, d’évaluer les besoins et d’orienter les personnes vers les services appropriés.

Les travailleurs sociaux en première ligne

L’intervention des travailleurs sociaux repose notamment sur l’écoute active, l’évaluation sociale, le soutien psychosocial de première ligne, l’orientation vers des services spécialisés et l’accompagnement à la réinsertion sociale.

Leur rôle s’exerce en complémentarité avec celui des psychologues, des psychiatres et des autres professionnels compétents. Ils contribuent à identifier les difficultés sociales qui affectent le bien-être des personnes et à faciliter leur accès aux dispositifs de prise en charge, sans se substituer aux spécialistes chargés des soins cliniques.

Cette approche nécessite le respect de la confidentialité, de la vie privée, de la dignité et des choix des personnes accompagnées. Elle suppose également une meilleure coordination entre les différents services afin d’assurer une prise en charge adaptée à chaque situation.

Pour Clarisse Phola Tedika, l’écoute doit occuper une place centrale dans les pratiques professionnelles. Il ne suffit pas de parler des personnes vulnérables : il faut aussi leur permettre d’exprimer leurs besoins, de partager leur expérience et de participer aux décisions qui les concernent.

Cette participation contribue à mieux adapter les services aux réalités vécues et à lutter contre la stigmatisation.

La protection de l’enfant, une responsabilité particulière

La santé mentale est également étroitement liée à la protection de l’enfant. Les violences, la négligence, les séparations familiales et l’exclusion peuvent affecter le développement et le bien-être psychologique des plus jeunes.

Le repli sur soi, la peur, l’agressivité ou les changements de comportement peuvent notamment traduire une souffrance qui nécessite une attention particulière. Une écoute adaptée, une évaluation de la situation et, si nécessaire, une orientation vers des professionnels spécialisés sont essentielles pour répondre à ces difficultés.

La réunification familiale doit être préparée en tenant compte de l’intérêt supérieur de l’enfant, de sa sécurité et de ses besoins psychosociaux.

La protection de l’enfant implique également de préserver son identité, son image, sa vie privée et sa dignité, notamment dans les publications diffusées sur les réseaux sociaux.

Les travailleurs sociaux aussi exposés à la détresse psychologique

La santé mentale ne concerne pas uniquement les personnes accompagnées. Les travailleurs sociaux sont eux-mêmes exposés à des situations éprouvantes : récits de violences, urgences sociales, détresse familiale, charge de travail élevée et manque de ressources.

Cette exposition peut provoquer du stress professionnel, une fatigue émotionnelle ou un épuisement susceptible d'affecter leur bien-être et la qualité de leurs interventions.

Face à ces risques, le renforcement de la supervision professionnelle, la formation continue, le soutien entre collègues et la prévention des risques psychosociaux apparaissent indispensables. L'amélioration des conditions de travail et la mise en place de dispositifs de soutien adaptés constituent également des priorités.

La protection des travailleurs sociaux relève ainsi d'une responsabilité institutionnelle. Elle représente aussi une condition importante pour garantir la qualité et la continuité des services sociaux.

Quelles priorités pour améliorer la prise en charge en RDC ?

Le renforcement de la santé mentale en République démocratique du Congo passe par plusieurs mesures, notamment l'amélioration des compétences des travailleurs sociaux en matière d'écoute et d'accompagnement psychosocial, l'intégration de la santé mentale dans les dispositifs de protection sociale et le développement de la collaboration entre les secteurs de la santé, des affaires sociales, de l'éducation, de la justice et de la protection de l'enfant.

L'accès aux services doit également être amélioré pour les personnes les plus vulnérables, particulièrement celles qui vivent dans la pauvreté ou se trouvent dans des situations d'urgence.

À ces mesures s'ajoutent la participation des personnes concernées à la conception et à l'évaluation des programmes, la sensibilisation des communautés contre la stigmatisation et la mise en place de mécanismes de soutien pour les professionnels exposés aux risques psychosociaux.

La concrétisation de ces priorités nécessite des ressources adaptées, des professionnels qualifiés et un engagement durable des institutions publiques et de leurs partenaires.

Un appel aux institutions pour passer aux actes

À l'occasion de la Journée mondiale de la santé mentale du 10 octobre 2026, Clarisse Poula appelle les institutions publiques, les ministères concernés, les autorités sanitaires et sociales, les organisations de la société civile ainsi que les partenaires techniques et financiers à traduire leurs engagements en actions concrètes, durables et accessibles à toutes les couches de la population.

Elle préconise notamment le renforcement des services de santé mentale et d'accompagnement psychosocial, l'intégration de cette dimension dans les programmes de protection sociale et la formation continue des travailleurs sociaux.

Elle insiste également sur la nécessité, pour les institutions employeuses, de garantir des conditions de travail dignes aux professionnels, en mettant à leur disposition des espaces de supervision, un soutien psychosocial adapté et des dispositifs de prévention de l'épuisement professionnel.

La responsable du Corps des assistants sociaux de Kinshasa plaide par ailleurs pour une collaboration effective entre les secteurs concernés, afin d'assurer un accompagnement coordonné, respectueux des droits humains et adapté aux réalités des communautés.

Elle encourage enfin les décideurs à associer les personnes ayant une expérience vécue des difficultés de santé mentale à l'élaboration, à la mise en œuvre et à l'évaluation des politiques et des programmes qui les concernent.

À travers cet appel, l'objectif est de faire de la santé mentale une priorité durable de l'action publique, du travail social un levier de prévention et d'inclusion, et de la protection des professionnels une composante essentielle de la qualité des services rendus à la population.

En RDC, l'amélioration de la santé mentale demeure une responsabilité partagée entre les institutions, les professionnels, les communautés et les personnes concernées. L'enjeu est désormais de transformer les engagements en décisions concrètes, de renforcer les moyens d'intervention et de garantir à chacun le droit d'être entendu, respecté et accompagné.

Comme le rappelle le message porté par cette mobilisation, l'écoute doit devenir une pratique quotidienne, la protection des travailleurs sociaux une priorité institutionnelle et la santé mentale un élément essentiel des politiques sociales.

Samedi 10 octobre 2026 - 14:53