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RDC : face au virus de la désinformation, JED appelle à protéger les journalistes

dim 01/11/2026 - 17:29
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Tshivis Tshivuadi, secrétaire général de l'ONG Journaliste en danger (JED)
Tshivis Tshivuadi, secrétaire général de l'ONG Journaliste en danger (JED)

Par Gloire Balolage

À l’heure où la désinformation complique la lutte contre l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC), la protection des journalistes apparaît comme un enjeu majeur pour garantir à la population l’accès à une information fiable. C’est l’alerte lancée par l’organisation Journaliste en danger (JED), ce dimanche 1er novembre, à l’occasion de la publication de son rapport annuel 2026.

Intitulé « Rumeurs, légendes et complotisme sur Ebola. Les médias sous pression face au virus de la désinformation », ce rapport est publié à la veille de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, célébrée chaque année le 2 novembre.

À travers cette étude, JED entend examiner le rôle et les responsabilités des médias dans le contexte de la crise sanitaire, tout en mettant en lumière les difficultés qui empêchent les professionnels de l’information d’exercer pleinement leur mission. L’organisation revient notamment sur les pressions, les menaces et les fragilités économiques auxquelles les rédactions sont confrontées.

Le rapport met également en évidence le décalage entre les réformes engagées dans le secteur de la presse et la protection effective des journalistes. Selon les données présentées par JED, la RDC occupe la 130e place sur 180 pays au classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF) pour 2026. Sur le volet sécuritaire, le pays recule davantage, passant de la 154e à la 166e position.

Pour illustrer cette situation, l’organisation évoque plusieurs alertes enregistrées en septembre, notamment l’interruption des émissions d’une radio à Mwenga après le vol de son matériel, ainsi que l’interpellation de deux professionnels des médias à Kalemie. JED précise toutefois que ces incidents ne sont pas tous directement liés à Ebola, mais qu’ils témoignent de la vulnérabilité de l’environnement médiatique congolais.

Au-delà des atteintes à la sécurité des journalistes, le document relève plusieurs obstacles qui affectent le fonctionnement des rédactions. Les restrictions d’accès aux sources, les menaces, les pressions judiciaires, l’insuffisance des moyens d’enquête et les difficultés techniques réduisent la capacité des médias à collecter, à vérifier et à diffuser des informations crédibles.

Dans le contexte de l’épidémie d’Ebola, JED estime par ailleurs que la défiance de certaines communautés envers les mesures de riposte sanitaire ne peut être expliquée uniquement par les contenus diffusés sur les réseaux sociaux. L’organisation insiste sur la nécessité de renforcer la transparence, d’écouter les populations et d’apporter des réponses à leurs préoccupations concrètes.

Pour faire face à ces défis, JED recommande notamment l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les violations des droits des journalistes, assorties d’un suivi public des procédures et de mesures de protection des victimes et des témoins. L’organisation plaide également pour la mise en place d’un mécanisme national de protection des journalistes, dont le projet a déjà été validé par le gouvernement, afin de garantir la sécurité des professionnels des médias et la continuité de leurs activités.

Parmi les autres pistes proposées figurent l’accès ouvert aux données sanitaires et budgétaires, le financement transparent des rédactions pour préserver leur indépendance, ainsi que le renforcement des mécanismes de vérification de l’information. JED appelle également à réformer les dispositions répressives afin d’éviter de criminaliser la critique ou d’assimiler systématiquement une erreur journalistique à une volonté de tromper.

Pour l’organisation, la lutte contre la désinformation ne doit jamais servir de prétexte pour réduire les journalistes au silence. Elle estime que les informations trompeuses, tout comme la censure, portent atteinte au droit du public à l’information et doivent être combattues par la rigueur, la transparence et le respect des libertés fondamentales.

Instituée par les Nations unies en 2013, la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes rappelle aux États leur responsabilité dans la lutte contre les violences visant les professionnels des médias.

La lutte contre Ebola ne repose pas uniquement sur les interventions médicales et les mesures sanitaires. Elle dépend également de la qualité des informations mises à la disposition des populations. Lorsque les journalistes travaillent sous la menace, avec un accès limité aux sources et des moyens insuffisants, la vérification des faits devient plus difficile, laissant davantage de place aux rumeurs et aux interprétations erronées.

Dans un contexte où la confiance des communautés conditionne également leur adhésion aux mesures sanitaires, garantir la liberté de la presse, faciliter l’accès aux informations officielles et protéger ceux qui les vérifient constituent des conditions essentielles à une riposte efficace. La responsabilité est donc partagée entre les autorités sanitaires, les pouvoirs publics, les médias et les communautés.

Dimanche 1 novembre 2026 - 17:29