Par la Rédaction
Dans une région confrontée à l’instabilité sécuritaire comme le Nord-Kivu, une information publiée sans vérification peut alimenter la peur, accentuer les tensions et fragiliser la cohésion sociale. Face à la circulation rapide des contenus sur les réseaux sociaux, journalistes, influenceurs et créateurs de contenu sont appelés à exercer leur responsabilité avec rigueur. Pour Assumani Hamada, communicologue et enseignant à l’Université de Goma, leur rôle ne consiste pas simplement à diffuser des informations, mais aussi à aider la population à comprendre les événements.
Interrogé en exclusivité par Opinion-info.cd, cet enseignant considère que la gestion de l’information constitue désormais un enjeu majeur pour tous les acteurs qui interviennent dans sa production et sa diffusion.
« La gestion de l’information est un défi majeur auquel se heurtent tous les utilisateurs, tout comme tout ce qui travaille dans la gestion de l’information », explique-t-il. Une responsabilité d’autant plus importante dans les contextes de crise, où les rumeurs et les publications non vérifiées peuvent rapidement prendre de l’ampleur.
Désinformation, mésinformation et mal-information : trois réalités à distinguer
Pour comprendre les mécanismes de manipulation de l’information, Assumani Hamada invite à ne pas confondre trois phénomènes qui, bien que proches dans leurs conséquences, reposent sur des intentions différentes.
La désinformation désigne la diffusion volontaire d'un contenu que son auteur sait faux, dans le but de tromper ou de porter préjudice à une personne, une organisation ou un groupe.
L'expert précise : « La personne qui partage les contenus sait bien que l'information est fausse, elle la force dans sa conscience et la diffuse comme telle ».
La mésinformation, en revanche, repose sur la diffusion d'une fausse information sans intention délibérée de tromper.
« L'information est fausse, mais dans son innocence ou l'ignorance, la personne croit qu'elle est vraie et la diffuse comme ça », explique-t-il.
Quant à la mal-information, elle se distingue des deux premières par la nature du contenu : l'information diffusée est vraie, mais elle est utilisée dans une intention de nuire.
« On le sait bien, l'information est vraie, mais la personne qui la diffuse le fait avec l'intention de nuire », souligne Assumani Hamada.
Cette distinction permet de mieux comprendre les risques liés à la circulation des contenus numériques, particulièrement dans les zones touchées par les conflits armés.
La guerre de l’information, un autre front du conflit
Avec le développement du web 2.0 et des plateformes interactives, la diffusion de l'information n'est plus réservée aux professionnels des médias. Chaque utilisateur peut désormais publier, commenter et partager des contenus susceptibles d'atteindre un large public. Dans un environnement marqué par les affrontements armés, cette facilité de publication peut également être exploitée à des fins de manipulation.
Assumani Hamada évoque notamment le recours aux « armées numériques », dont l'objectif peut être d'influencer la perception de la situation sécuritaire. Ces opérations cherchent, selon lui, à « créer une ascendance psychologique chez l'ennemi ou l'adversaire sur le champ de bataille ».
La diffusion de fausses alertes faisant état de villes encerclées ou de lourdes pertes humaines peut ainsi influencer les perceptions et provoquer des réactions au sein des communautés.
Dans ces circonstances, la rapidité de publication ne doit pas prendre le dessus sur la vérification. Une information erronée, relayée massivement, peut devenir une source de panique et compliquer davantage la situation sur le terrain.
Journalistes et influenceurs face à leur responsabilité
La responsabilité de limiter ces dérives concerne tous les acteurs qui contribuent à la circulation de l'information. Toutefois, le communicologue place les journalistes au premier rang de cette exigence, en raison de leur proximité avec les populations et de leur mission de vérification.
« C'est lui le responsable numéro un parce que lui, il est toujours au contact avec la population », rappelle-t-il. Il estime qu'une défaillance du journaliste dans le traitement de l'information peut priver les citoyens de repères fiables : « Si le journaliste défaille, toute la population devient aveugle ».
Cette responsabilité s'étend également aux influenceurs et aux créateurs de contenu. Disposant parfois de communautés importantes sur les réseaux sociaux, ils peuvent amplifier une information en quelques minutes. Leur audience leur impose donc de vérifier les contenus avant de les partager et de ne pas privilégier la recherche du scoop au détriment de la sécurité collective.
Les structures spécialisées dans le fact-checking ainsi que les institutions ont également un rôle à jouer. Leur travail de vérification, de clarification et de sensibilisation contribue à corriger les fausses informations et à fournir au public des éléments fiables pour mieux comprendre l'actualité.
L'éducation aux médias, une réponse durable
Pour Assumani Hamada, la lutte contre les fausses informations ne peut se limiter à la correction ponctuelle des rumeurs. Elle nécessite également de renforcer l'éducation aux médias et à l'information, notamment auprès des jeunes, qui consomment une part importante de l'actualité à travers les plateformes numériques.
Apprendre à identifier la source d'une publication, vérifier sa date, confronter les différentes versions disponibles et distinguer un fait établi d'une affirmation non confirmée sont autant de réflexes à développer. Le partage systématique de contenus sans vérification doit également être remis en question.
Cette démarche suppose une mobilisation collective des professionnels des médias, des acteurs du numérique, des institutions éducatives et des citoyens. Dans les zones affectées par les conflits, la qualité de l'information constitue aussi un enjeu de protection des communautés et de préservation de la cohésion sociale.
En conclusion, Assumani Hamada rappelle la mission fondamentale des professionnels de l'information et de la communication en période de crise.
« En période de crise, journaliste, influenceur et créateur de contenu ne doivent pas survivre, mais exister pour éclairer l'opinion », insiste-t-il.