Prix du cacao en dégringolade : l’alerte lancée à l’Assemblée nationale

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Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku devant la représentation nationale
Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku devant la représentation nationale

Par Patrick Kitoko 

La chute des prix du cacao en République Démocratique du Congo s’est invitée au cœur des débats à l’Assemblée nationale ce mercredi 08 avril 2026. Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a été auditionné par les députés afin d’éclairer l’opinion nationale sur la déconnexion entre les cours mondiaux et la réalité vécue par les producteurs congolais.

Cette démarche fait suite à une question d’actualité du député national Élie Kambale Musavuli Vughumawa, préoccupé par la baisse significative du prix du cacao sur le marché local. En effet, le kilogramme est passé de plus de 5,85 dollars en décembre 2025 à 3,09 dollars actuellement, contre près de 11 dollars en décembre 2024.

Devant la représentation nationale, le ministre a expliqué cette tendance baissière par plusieurs facteurs exogènes. Parmi eux figurent une offre excédentaire sur la période 2025-2026, une reconfiguration de la demande européenne liée à la crise énergétique, ainsi que l’absence de coordination efficace entre les deux grands producteurs ouest-africains, la Côte d’Ivoire et le Ghana.

Selon lui, ce manque de stratégie commune de régulation a accentué la pression spéculative à la baisse sur les marchés internationaux. À ces éléments s’ajoutent des facteurs internes qui fragilisent davantage les producteurs congolais.

Le ministre a notamment pointé la fragmentation de l’offre nationale, marquée par un faible niveau d’organisation des coopératives, laissant les planteurs isolés face aux acheteurs. Cette situation limite leur capacité de négociation et les expose à des prix défavorables imposés par les intermédiaires.

Autre problème majeur : la qualité du cacao congolais. Souvent vendu à l’état brut, sans fermentation adéquate et parfois mélangé à des impuretés, il subit une décote sur le marché. Les acheteurs répercutent alors les coûts de traitement sur les producteurs. À cela s’ajoutent les difficultés logistiques, notamment le manque d’infrastructures de transport et de stockage, contraignant les agriculteurs à vendre rapidement leur récolte à bas prix pour éviter les pertes.

Face à cette situation, le gouvernement congolais mise sur une approche basée sur le renforcement du marché plutôt que sur une régulation administrative des prix. Trois axes stratégiques ont été présentés : la diversification des débouchés vers des marchés tels que la Chine, le Royaume-Uni, les Émirats arabes unis et les États-Unis, notamment grâce aux avantages de l’AGOA ; l’amélioration de la qualité à travers la formation aux normes sanitaires et phytosanitaires ; et le développement des capacités de transformation locale.

Le ministre a insisté sur l’importance de la certification pour accéder directement aux grands chocolatiers internationaux, sans passer par des intermédiaires. Il a également évoqué le potentiel du cacao aromatisé, dont le prix peut atteindre 10 000 dollars la tonne, contre environ 3 000 dollars pour le cacao ordinaire.

Par ailleurs, des efforts sont en cours pour renforcer la labellisation et les primes de qualité, notamment à travers l’ANAPEX - Agence nationale pour la promotion des exportations - et l’intégration de la RDC au sein de l’Organisation internationale du cacao.

Enfin, le gouvernement prévoit une mission de sensibilisation d’envergure dans les zones de production, notamment à Beni, en Ituri et dans le Grand Équateur, afin d’accompagner les producteurs dans cette transition vers un cacao de meilleure qualité et plus compétitif.

Cette intervention marque une étape importante dans la prise en charge des défis structurels du secteur cacaoyer congolais, au moment où les producteurs subissent de plein fouet les fluctuations du marché mondial.

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Mercredi 8 avril 2026 - 21:48