🔴 Exclusif - Pressions diplomatiques et financières : Forbidden Stories dévoile le « business » secret des expulsions massives des USA vers les pays tiers

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L’affiche de l’enquête sur le ICE
L’affiche de l’enquête sur le ICE

Par la Rédaction

Du Mexique à l'Eswatini, en passant par le Panama, plus de 25 000 personnes ont été expulsées par les États-Unis non pas vers leurs pays d'origine, mais vers des pays tiers. Le consortium international coordonné par Forbidden Stories, dont Opinion-Info.cd fait partie, a enquêté et cartographié ce système mis en place par l'administration Trump pour accélérer sa politique d'expulsions de masse.

L'administration Trump a mis en place un vaste réseau permettant d'expulser des migrants vers des pays tiers, y compris lorsque ces personnes n'en sont pas ressortissantes.

Le cas d'Arsaalan Saleh Fard illustre les dérives de cette stratégie. Ce jeune Iranien avait fui son pays après avoir été ciblé pour ses prises de position en ligne et sa conversion au christianisme. Arrivé à la frontière américaine en février 2025 pour demander l'asile, il a été placé en détention avant d'être expulsé quelques jours plus tard vers le Panama.

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Il faisait partie des 299 migrants envoyés au Panama alors qu'aucun n'était de nationalité panaméenne. Une fois sur place, il s'est retrouvé bloqué pendant plusieurs mois, sans possibilité légale de travailler.

« Je suis vraiment perdu », confiait-il.

Selon les données vérifiées par le consortium, au moins 25 447 personnes de plus de 130 nationalités ont été transférées des États-Unis vers 28 pays tiers entre le 20 janvier 2025 et le 31 août 2026. Au moins 105 vols d'expulsion ont été identifiés durant cette période, un bilan probablement sous-évalué en raison des difficultés à documenter certains transferts, notamment ceux effectués par voie terrestre vers le Mexique.

Le Mexique a accueilli l'essentiel de ces personnes, avec environ 20 000 expulsés. Le Guatemala en a reçu 2 981. Le dispositif s'est également étendu à plusieurs pays d'Afrique et des Caraïbes.

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En Afrique, l'enquête fait état de 41 personnes, dont des Vietnamiens et des Laotiens, incarcérées en Eswatini, ainsi que de 63 personnes en Guinée équatoriale, parmi lesquelles des Cubains et des Brésiliens.

Cette politique s'inscrit dans la promesse de Donald Trump de mener « la plus grande opération d'expulsion de l'histoire américaine ». En février 2025, les services américains de l'immigration ont reçu pour consigne d'examiner davantage les possibilités d'expulsion vers des pays tiers lorsque le renvoi vers le pays d'origine était jugé difficile.

Parallèlement, le Département d'État a créé un « Office of Remigration », chargé de négocier avec des gouvernements étrangers l'accueil de personnes expulsées. D'après des documents internes consultés par le consortium, au moins 410 millions de dollars auraient été mobilisés pour faciliter ces accords.

Au 31 août 2026, 28 pays avaient effectivement accueilli des ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis, tandis qu'au moins 35 États avaient conclu des accords avec Washington. Le réseau continue de s'étendre, avec notamment l'arrivée, le 4 septembre, de six ressortissants cubains et afghans au Guyana.

Des financements et concessions en contrepartie

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Les États-Unis ont mobilisé d'importants moyens financiers et diplomatiques pour convaincre plusieurs gouvernements.

Le Washington Post rapporte, sur la base de documents consultés dans le cadre de cette enquête, que 81,1 millions de dollars ont été versés directement à 13 gouvernements.

La Sierra Leone figure parmi les pays concernés. Dans une communication du 18 mai 2026, Freetown a reconnu un accord prévoyant une subvention américaine de 1,5 million de dollars destinée aux coûts humanitaires et opérationnels. En contrepartie, elle accepte d'accueillir jusqu'à 300 ressortissants de la CEDEAO expulsés des États-Unis chaque année, avec une limite de 25 personnes par mois. Au 31 août, 41 personnes avaient déjà été transférées.

Un rapport de la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, publié en février 2026, fait également état de versements de 7,5 millions de dollars au Rwanda, d'un montant équivalent à la Guinée équatoriale et de 5,1 millions de dollars à l'Eswatini. Le rapport relève un écart entre certains montants versés et le nombre de personnes transférées: au Rwanda, sept personnes avaient été envoyées au moment de la publication pour 7,5 millions de dollars versés.

Mais les négociations ne reposent pas uniquement sur des aides financières.

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Au Ghana, le ministre des Affaires étrangères Samuel Okudzeto Ablakwa avait expliqué le 9 octobre 2025 à la chaîne TV3 que son gouvernement avait formulé plusieurs demandes à Washington, notamment sur les restrictions de visas, la prolongation de l'AGOA et le réexamen d'un tarif douanier de 15%.

Selon le ministre, les autorités américaines avaient ensuite demandé au Ghana de coopérer sur la question des expulsions. Un premier groupe de 14 personnes expulsées est arrivé au Ghana le 6 septembre 2025. Le 26 septembre, Washington a levé les restrictions sur les visas visant les Ghanéens, rétablissant notamment les visas à entrées multiples de cinq ans.

Cameroun: la presse paie le prix fort

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Au Cameroun, les conditions d'accueil de personnes expulsées des États-Unis ont conduit à la détention de quatre journalistes à Yaoundé.

Le 17 février 2026, ces journalistes ont été interpellés après être entrés dans un centre où étaient hébergées discrètement des personnes récemment expulsées. Leur matériel a été confisqué.

Six mois après, Forbidden Stories a retrouvé deux femmes interviewées par l'un des journalistes avant son interpellation. Leurs témoignages apportent de nouveaux éléments sur les conditions d'accueil.

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L'enquête reconstitue également les contours d'un accord migratoire conclu secrètement entre Washington et Yaoundé et qui n'aurait pas été annoncé publiquement. D'après les éléments publiés, cet arrangement aurait été accompagné d'un paiement indirect de 30 millions de dollars. Quelques mois plus tard, un dialogue économique bilatéral aurait été engagé entre les deux pays.

Lundi 21 septembre 2026 - 06:21