Par la Rédaction
La Première ministre congolaise, Judith Suminwa Tuluka, appelle les femmes parlementaires de la région des Grands Lacs à transformer leur présence dans les institutions en une véritable capacité d’influence sur les décisions politiques, sécuritaires et économiques. Elle s’est exprimée, ce lundi 2 novembre 2026, à l’ouverture de la première Conférence parlementaire des femmes de la région, organisée à Dar es-Salam, en Tanzanie, jusqu’au 5 novembre.
Devant les participantes venues des différents pays de la région, la cheffe du gouvernement congolais a insisté sur leur responsabilité dans la construction de la paix et la transformation des sociétés.
« Vous représentez vos peuples, vous portez leurs espoirs et vous avez le pouvoir de transformer ces espoirs en décisions », leur a-t-elle déclaré.
Pour Judith Suminwa, la participation des femmes aux institutions ne doit pas se limiter à une présence symbolique. Vingt ans après la signature du Pacte de Nairobi sur la sécurité, la stabilité et le développement dans la région des Grands Lacs, elle estime que des progrès ont été réalisés, mais que leur traduction dans les politiques publiques reste un enjeu majeur.
« Notre ambition doit être claire : passer de la représentation à l’influence, et passer de l’influence aux résultats », a-t-elle souligné, estimant qu’une paix durable et un développement équitable ne peuvent être construits sans une participation effective des femmes aux instances de décision.
La Première ministre a notamment évoqué les engagements constitutionnels et internationaux de la RDC en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. Elle a rappelé l’article 14 de la Constitution congolaise, qui consacre la parité et la participation équitable des femmes à la vie nationale, ainsi que les engagements liés à la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies et à la Déclaration de Kampala.
Toutefois, elle a insisté sur la nécessité de dépasser les déclarations de principe. Pour elle, ces instruments doivent se traduire par des actions concrètes, des ressources suffisantes et des résultats perceptibles dans les communautés.
Les femmes de l’Est congolais au cœur de son intervention
La situation sécuritaire dans l’est de la RDC a également occupé une place importante dans son discours. Judith Suminwa a évoqué les violences armées, les déplacements forcés et les souffrances endurées depuis plusieurs années par les femmes et les jeunes filles de cette partie du pays.
Elle a rendu hommage à celles qui continuent de soutenir leurs familles et leurs communautés malgré les conséquences des conflits. Leur courage, a-t-elle estimé, ne doit cependant pas servir de prétexte à l'inaction des responsables politiques.
« Leur courage nous engage. Leur courage ne doit jamais servir d’excuse à notre inaction », a-t-elle déclaré.
La cheffe du gouvernement a, par ailleurs, rappelé que les femmes ont besoin de garanties concrètes en matière de sécurité, de justice et de perspectives d’avenir, plutôt que de simples témoignages d’admiration. Elle a défendu une conception de la paix fondée sur le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États, la protection des civils et l’implication des femmes dans la prévention des conflits, la médiation et la reconstruction.
La loi et le budget comme leviers d’action
S’adressant directement aux parlementaires, Judith Suminwa les a invitées à utiliser pleinement les prérogatives de leurs institutions pour faire avancer les droits des femmes. Elle a notamment identifié trois leviers : la législation, les choix budgétaires et le contrôle de l’action gouvernementale.
Ces pouvoirs leur permettent, selon elle, de combattre les discriminations, de soutenir l’éducation des filles, l’accès aux soins de santé, l’autonomie économique des femmes et l’assistance aux personnes déplacées. Le contrôle parlementaire doit également servir à demander des comptes aux gouvernements sur l’exécution de leurs engagements.
La Première ministre souhaite ainsi que la rencontre de Dar es-Salam débouche sur des engagements vérifiables, au-delà des discours et des déclarations d’intention.
« Votre voix compte, votre vote compte, votre leadership peut changer le destin de notre région », a-t-elle lancé aux participantes.
Et de conclure : « Ensemble, faisons en sorte que les femmes ne soient plus seulement celles qui supportent le poids des crises, mais celles qui participent pleinement à leur résolution ».
À travers cette intervention, Judith Suminwa place la participation politique effective des femmes parmi les conditions nécessaires à la paix et au développement dans la région des Grands Lacs.