Politique : L'orgueil du savoir et le débat sur la Constitution

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Nharly Amisi, Coordonnateur PPRD Schengen
Nharly Amisi, Coordonnateur PPRD Schengen

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Dans le débat public, le savoir est une lumière. Mais lorsqu'il se transforme en certitude arrogante, il devient une ombre. La discussion actuelle sur la révision de notre Constitution en offre une illustration frappante.

Certains universitaires soutiennent que notre Loi fondamentale devrait être modifiée au simple motif qu'une constitution "durerait" en moyenne dix-sept ans et que la nôtre, vieille de vingt ans, aurait donc atteint sa limite. L'argument peut sembler scientifique. Il est en réalité réducteur.

Une constitution n'est ni un contrat à durée déterminée ni un produit périssable. Elle est l'ossature juridique et politique d'une nation, l'expression d'un pacte entre l'État et le peuple. Comme l'enseignait Montesquieu : "Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires."

Réformer pour réformer, c'est fragiliser ce que l'on prétend consolider. Une constitution ne se change pas parce qu'un chiffre statistique le suggère, mais parce que des dysfonctionnements majeurs l'exigent ou parce qu'une évolution profonde de la société le commande.

L'histoire institutionnelle démontre que certaines constitutions ont traversé les décennies, voire les siècles, sans perdre leur pertinence, précisément parce qu'elles ont su conjuguer stabilité et adaptation. La longévité n'est pas un défaut ; elle est souvent le signe d'un équilibre réussi.

Refuser une révision fondée uniquement sur l'argument de l'âge ne signifie pas s'opposer à toute réforme. Cela signifie défendre une approche responsable, lucide et ancrée dans l'intérêt général.

Albert Einstein rappelait que "le véritable signe de l'intelligence n'est pas la connaissance, mais l'imagination". L'intelligence politique ne consiste pas à brandir des statistiques, mais à comprendre le contexte, les priorités nationales et la volonté populaire.

Mais une question mérite une réponse claire : pourquoi le sujet du changement de la Constitution revient-il avec insistance précisément après l'enlèvement du docteur professeur Emmanuel Ramazani Shadary, connu pour son opposition farouche à toute modification constitutionnelle ? Le calendrier interroge.

Dans une démocratie, les coïncidences politiques alimentent inévitablement le doute. Voire certains professeurs, qui ont travaillé aux côtés du président Joseph Kabila, relancer aujourd'hui ce débat sous le président Félix Tshisekedi invite à une réflexion plus lucide.

Lorsque l'ancien chef de l'État affirmait qu'il ne disposait pas de "quinze bonnes personnes" autour de lui, malgré l'abondance de conseillers, cette déclaration avait surpris. Avec le recul, elle apparaît comme un constat prémonitoire. Elle traduisait la difficulté de s'entourer de personnalités véritablement engagées pour l'intérêt collectif, et non motivées par des calculs personnels.

Trop souvent, certains privilégient leurs positions, leur visibilité ou leurs ambitions, au détriment de la stabilité institutionnelle et du bien commun. Les événements actuels semblent, hélas, donner raison à cette analyse.

Il faut le dire avec franchise : trop souvent, certains constitutionnalistes n'aident pas notre pays. À force de théoriser sans tenir compte des réalités politiques et sociales, ils ont parfois contribué à nourrir des crises institutionnelles plutôt qu'à les prévenir.

Le droit constitutionnel devrait être un instrument d'équilibre et de stabilité ; il ne doit pas devenir un levier d'agitation permanente.

Un proverbe africain nous enseigne : "La sagesse ne s'achète pas au marché." Elle se construit dans l'humilité, l'écoute et la responsabilité.

Le débat constitutionnel mérite mieux que des certitudes académiques ou des calculs arithmétiques. Il exige rigueur, transparence et respect profond de la souveraineté populaire.

La réforme n'est pas une question d'âge. Elle est une question de nécessité et de stabilité nationale.

Tribune de Nharly AMISI KM, Coordonnateur PPRD Schengen

Mardi 24 février 2026 - 09:42