Par Denise Kyalwahi
Le journaliste John Mawa Rutarwa a été victime d’une attaque à main armée dans la nuit du 28 au 29 mai 2026, alors qu’il rentrait chez lui après avoir couvert un briefing de presse sur l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo.
Un journaliste pris pour cible après sa couverture médiatique
L’agression s’est produite peu après sa participation au briefing de presse conjoint organisé par le gouvernement congolais à Bunia. Journaliste actif dans la province de l’Ituri, John Mawa Rutarwa a été attaqué par des individus armés alors qu’il regagnait son domicile.
Les détails exacts de l’agression, y compris son état de santé et les circonstances précises, n’ont pas encore été communiqués par les autorités ou ses proches.
Briefing de presse sur la 17ᵉ épidémie d’Ebola
L’événement médiatique qui a précédé l’attaque était un briefing spécial consacré à la 17ᵉ épidémie d’Ebola en RDC, tenu mardi 19 mai 2026 au studio de la télévision nationale à Bunia. Il a été animé par :
- Patrick Muyaya Katembwe, ministre de la Communication et Médias, porte-parole du gouvernement ;
- Dr Samuel Roger Kamba Mulamba, ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale.
Lors de cette conférence, les ministres ont fait le point sur la situation épidémique et appelé à lutter contre la désinformation autour de l’épidémie.
L’épidémie actuelle est causée par la souche Bundibugyo du virus Ebola, une variante moins fréquente que la souche Zaïre habituellement rencontrée en RDC. Le ministre de la Santé, Samuel Roger Kamba, s’est rendu personnellement à Bunia, épicentre de l’épidémie, pour suivre l’évolution de la situation sur le terrain. Il a déclaré : « Je suis ici avant tout pour soutenir le personnel de santé, qui est en première ligne dans les centres de soins, car nous avons perdu des médecins et du personnel qualifié. Nous sommes ici pour témoigner de notre sympathie. »
Selon le ministère de la Santé, le nombre de cas suspects dans l’est du pays avoisine 1 000, avec au moins 220 décès présumés. Au 19 mai 2026, 101 cas avaient été confirmés et plus de 3 000 contacts potentiels étaient suivis.
Le gouvernement a réaffirmé sa détermination à prendre en charge tous les malades et à mobiliser les ressources nécessaires pour contenir la propagation du virus.
Un contexte sécuritaire précaire en Ituri
Cette attaque intervient dans un contexte sécuritaire tendu en Ituri, où la présence de groupes armés et les affrontements récurrents compliquent le travail des médias.
Les journalistes couvrant la riposte à Ebola évoluent dans des conditions dangereuses. En 2019, le journaliste Papy Mahamba Mumbere, de la radio communautaire de Lwemba, RCL, avait été assassiné dans le village de Lwemba, province de l’Ituri, alors qu’il couvrait une épidémie d’Ebola. L’Observatoire de la liberté de la presse en Afrique, OLPA, a dénoncé ce meurtre.
Appels à la protection des journalistes
L’agression contre John Mawa Rutarwa soulève de sérieuses inquiétudes sur la sécurité des journalistes en RDC, particulièrement ceux qui couvrent les crises sanitaires.
Les organisations de défense de la liberté de la presse et les partenaires techniques et financiers de la RDC sont appelés à :
- exiger une enquête rapide et transparente sur les circonstances de l’attaque ;
- assurer la protection immédiate du journaliste et de sa famille ;
- renforcer les mesures de sécurité pour les journalistes couvrant les événements sensibles dans l’est du pays ;
- poursuivre les auteurs devant la justice.
Malgré ces défis, la riposte à l’épidémie se poursuit. Le gouvernement congolais, avec le soutien de partenaires internationaux dont Africa CDC, représenté par le Dr Jean Kaseya, et l’Institut national de recherche biomédicale, INRB, dirigé par le Dr Jean-Jacques Muyembe Tamfum, mobilise tous les moyens pour endiguer le virus.
La population de l’Ituri et des provinces voisines est appelée à rester vigilante, à respecter les mesures de prévention et à signaler tout cas suspect aux autorités sanitaires.