Par Prosper Buhuru
L’ONG Human Rights Watch a exprimé de vives inquiétudes sur la situation des droits humains en République démocratique du Congo, dénonçant une multiplication des arrestations arbitraires, des détentions secrètes et des atteintes à la liberté d’expression dans le pays.
Dans un communiqué publié ce 22 mai 2026 à l’issue d’une mission effectuée à Kinshasa du 17 au 21 mai, le directeur exécutif de l’organisation, Philippe Bolopion, affirme que le climat actuel en RDC présente « d’étranges similitudes » avec la période de l’ancien président Joseph Kabila.
Selon Human Rights Watch, plusieurs journalistes, militants et opposants politiques vivraient aujourd’hui dans la crainte de représailles pour leurs prises de position publiques. L’organisation évoque notamment le recours présumé à des centres de détention clandestins à Kinshasa, où des dissidents seraient détenus sans procédure judiciaire régulière.
Au cœur des accusations figure le Conseil national de cyberdéfense (CNC), une structure rattachée à la présidence congolaise. Human Rights Watch affirme avoir documenté plusieurs cas d’arrestations arbitraires et de disparitions forcées attribuées à cette agence.
« Les informations en provenance de Kinshasa faisant état d’un vaste réseau de centres de détention secrets envoient un message glaçant aux Congolais », a déclaré Philippe Bolopion, rappelant que le président Félix Tshisekedi s’était engagé à mettre fin à ce type de pratiques à son arrivée au pouvoir.
Durant son séjour dans la capitale congolaise, le responsable de Human Rights Watch a rencontré plusieurs hauts responsables du gouvernement, notamment la Première ministre Judith Suminwa Tuluka ainsi que les ministres de la Défense, de la Justice et de la Communication et Médias. Il a également échangé avec des membres de la société civile, des responsables religieux, des diplomates, des opposants politiques ainsi que des représentants de la communauté Banyamulenge.
Les autorités congolaises ont reconnu, selon HRW, que certaines personnes interpellées étaient détenues dans des villas avant leur transfert vers la justice, tout en assurant que des réformes du CNC étaient en préparation. Le gouvernement aurait également promis qu’aucune arrestation ne serait désormais effectuée sans l’intervention de la police judiciaire agissant sous l’autorité du parquet.
Au-delà de la situation à Kinshasa, Human Rights Watch a aussi abordé les violences dans l’est de la RDC, où les combats impliquant le M23 soutenu par le Rwanda, les groupes armés alliés au gouvernement et certaines forces progouvernementales continuent d’alimenter les violations des droits humains.
Philippe Bolopion a appelé les autorités congolaises à renforcer la lutte contre l’impunité, notamment en poursuivant les hauts responsables impliqués dans des atrocités et en soutenant les enquêtes nationales ainsi que celles de la Cour internationale.
L’organisation internationale demande enfin aux partenaires étrangers de la RDC, y compris l’Union européenne, de soutenir les mécanismes de justice et de sanctionner les responsables congolais ou rwandais accusés d’appuyer des groupes armés impliqués dans des abus contre les civils.