Par Prosper Buhuru
La réaction de la société civile de Rutshuru ne s’est pas fait attendre après l’adresse du chef de l’État consacrée notamment à l’organisation d’un dialogue national en République démocratique du Congo. Son président, Jean-Claude Bambanze, estime que cette initiative intervient à un moment crucial pour le pays, tout en appelant les autorités à traduire les annonces en actes concrets.
Selon lui, le discours de Félix Tshisekedi constitue un signal rassurant, à condition que les engagements annoncés soient effectivement mis en œuvre.
« Nous avons très bien suivi le discours du chef de l’État, un discours qui est arrivé au point nommé, au moment où on s’y attendait tous », a déclaré Jean-Claude Bambanze, estimant que le contenu de l’adresse présidentielle peut ouvrir une nouvelle perspective pour la résolution de la crise congolaise.
Le président de la société civile de Rutshuru reste toutefois prudent, rappelant que les précédents engagements politiques n’ont pas toujours été suivis d’effets.
« Nous avons toujours eu de bons discours, mais des fois les résultats ne suivent pas », a-t-il souligné. Pour lui, la matérialisation des annonces présidentielles constituerait déjà « un début de solutions » aux problèmes auxquels le pays est confronté.
L’un des éléments qui rassurent davantage la société civile de Rutshuru réside dans la volonté annoncée d’associer la population de base au processus de consultation. Jean-Claude Bambanze considère cette démarche comme une évolution importante, estimant que les citoyens ont trop souvent été représentés dans les débats politiques sans avoir été directement consultés.
« Tous les Congolais vont se regrouper ensemble, ils vont discuter entre eux, surtout qu’on va associer pour la première fois la base, au bas niveau, qui va aussi donner ses avis et ses idées », a-t-il expliqué.
Pour lui, cette implication de la population pourrait permettre de recueillir directement les préoccupations exprimées dans les différentes provinces et d’éviter que les décisions nationales soient exclusivement élaborées par les acteurs politiques.
« Tous, quand ils parlent, les politiciens disent que c’est au nom de la population alors qu’ils ne la consultaient jamais », a-t-il déploré, considérant que la prise en compte des avis issus de la base pourrait renforcer la légitimité du processus.
L’AFC/M23 et les discussions de paix
Jean-Claude Bambanze s’est également exprimé sur la question de l’exclusion de l’AFC/M23 du dialogue national annoncé par le chef de l’État. Pour lui, cette exclusion ne signifie pas nécessairement une rupture du processus de négociation avec ce mouvement, dans la mesure où des discussions sont déjà engagées entre ses représentants et le gouvernement congolais dans le cadre du processus de Doha.
« Dire qu’on les a exclus du dialogue, ce n’est pas vrai, car l’AFC/M23 est en pourparlers avec le gouvernement congolais à Doha, à Montreux. Et donc il faudra que quand on discute, eux aussi poursuivent leurs discussions », a-t-il soutenu.
Le président de la société civile de Rutshuru insiste néanmoins sur la nécessité de ne pas transformer le dialogue en mécanisme d’impunité ou en moyen de récompenser ceux qui ont pris les armes contre l’État.
« Il ne faudrait pas que ce dialogue soit un espace où on va récompenser les criminels, ou gratifier ceux qui ont pris des armes contre la République », a-t-il averti.
Jean-Claude Bambanze plaide ainsi pour que tout éventuel règlement politique reste compatible avec les exigences de justice et de réparation en faveur des victimes des violences.
« Ce n’est pas un chèque en blanc qu’on doit leur donner, mais qu’ils sachent que la justice doit toujours faire son travail », a-t-il déclaré, appelant à ce que les victimes puissent être reconnues et que les dommages subis par les populations donnent lieu, à terme, à des mécanismes de réparation.
La matérialisation, principale inquiétude
Au-delà de l’annonce du dialogue, la société civile de Rutshuru considère désormais la mise en œuvre concrète du processus comme le principal enjeu.
« Nous pensons que c’est vraiment un moment très crucial dans le cas où notre point de vue sera pris en compte », a affirmé Jean-Claude Bambanze.
Mais cette position favorable reste accompagnée d’une réserve : les consultations devront, selon lui, produire des résultats concrets et ne pas se limiter à une nouvelle séquence de déclarations politiques.
« Notre inquiétude, c’est par rapport à la matérialisation, non seulement de ce qui a été dit dans le discours, mais également ce qui ressortirait dans ces consultations au niveau de toutes les provinces », a-t-il conclu.
Pour la société civile de Rutshuru, la réussite du dialogue national dépendra donc moins de son annonce que de sa capacité à intégrer réellement les préoccupations exprimées à la base et à traduire les conclusions des consultations en décisions et en actions concrètes.