Par la Rédaction
La Caisse Nationale de Sécurité Sociale traverse une zone de turbulences. Entre dénonciations internes, accusations de financement de la rébellion et bataille pour le contrôle du Conseil d’Administration, l’institution chargée de la sécurité sociale des travailleurs congolais est au cœur d’une tempête politico-judiciaire.
Dans une correspondance officielle datée du 20 juillet 2026, référencée CA/CNSS/Nº034/2026, dont le chef de l’Etat Félix Tshisekedi a été copié, Fidèle Kiyangi Matangila, administrateur et représentant des travailleurs au Conseil d’Administration, alerte le Président du Conseil sur de graves irrégularités.
Au cœur du dossier, une décision portant nomination de 52 Chefs de Divisions (CD) au sein de la CNSS.
L’administrateur affirme, documents à l’appui, qu’il n’a été « ni invité, ni associé aux travaux et aux délibérations » ayant conduit à l’adoption de cette décision.
"Cette situation est particulièrement préoccupante, dès lors que je suis régulièrement membre du Conseil d'Administration et que ladite décision porte sur une question importante relative à l'organisation de la CNSS et à la carrière de ses agents", écrit-il.
L’enquête d’Opinion-info révèle que cette pratique viole le caractère collégial du Conseil. Selon les textes régissant la CNSS, toute décision doit respecter les règles de composition, de convocation, de délibération et de participation effective de ses membres.
Fidèle Kiyangi Matangila exige la production de preuves : copie de l’invitation, ordre du jour, liste de présence, procès-verbal intégral et délibération. Il demande aussi de justifier la base juridique ayant permis l’adoption de cette décision en l’absence du représentant des travailleurs.
Un Conseil d’Administration avec un membre illégitime favoriserait la fraude !
Une seconde dénonciation vient ébranler la gouvernance. Elle est à nouveau signée par Fidèle Kiyangi Matangila. Il saisit notamment, à travers une correspondance, le ministre de tutelle sur le non-respect de la rotation à la tête du Conseil d’Administration.
L’article 12 alinéa 3 du décret n°18/027 du 14 juillet 2018 est formel : « La présidence du Conseil d'administration est d'une année et se fait par rotation entre les partenaires sociaux (Gouvernement - Employeurs et Travailleurs) afin de renforcer le contrôle de gestion de la caisse. »
Nommé par l’ordonnance n°25/244 du 31 juillet 2025, l’administrateur rappelle que le mandat du représentant du Gouvernement, dernier dans l’ordre de rotation, a expiré le 10 février 2026.
« Nous sommes fin août 2026. Plus de six mois après, le fauteuil n’a toujours pas été libéré », a-t-il martelé.
Il interpelle le ministre pour "connaître la suite à réserver à la rotation dans le but de sauver les normes qui régissent le bon fonctionnement de la Caisse".
Pour Kiyangi, toutes les décisions prises depuis le 10 février 2026 pourraient être contestées sur le plan de la légalité.
283 millions de FC versés à l’AFC/M23 à Goma ?
La tension est montée d’un cran. Dans une lettre adressée au Gouverneur de Kinshasa, le 22 août 2026, la Dynamique de l’UDPS/Tshisekedi pour la 4ème République, une dynamique née des agents et cadres de la CNSS en association avec la jeunesse de l’UDPS, parti présidentiel, annonce une marche pacifique pour dénoncer un présumé financement de la rébellion AFC/M23 par le Directeur Général de la CNSS, M. Charles Mudiay Kazadi.
Selon le document consulté par Opinion-Info.cd, la CNSS continuerait de payer des prestations sociales via la banque FINCA à Goma, ville sous encore occupation de l’AFC/M23.
Les organisateurs affirment que plus de 50 brevets seraient détenus par des membres identifiés comme appartenant au mouvement rebelle, pour un montant de plus de 283.000.000 FC. Ils accusent aussi la direction de continuer à payer des agents reconnus comme membres de ce mouvement rebelle.
Pour la Dynamique de l’UDPS, ces faits constitueraient "des actes de haute trahison et d’atteinte à la sûreté de l'Etat".
Pour marquer leur ras-le-bol, cette Dynamique a prévu un grand rassemblement, lundi 31 août 2026, à 7h00 à Sonahydroc, 1ère Rue Limete, 8h00 à Kintambo-Magasin et 8h30 à la Gare Centrale. Convergence à 10h00 au siège de la CNSS, 95 Boulevard du 30 Juin, pour dépôt d’un mémorandum et d’une plainte au Parquet près la Cour d’Appel de Kinshasa/Gombe.
La Dynamique de l’UDPS revendique trois choses, à savoir : la révocation immédiate des agents de la CNSS appartenant à l’AFC/M23 ; la désactivation de tous les brevets fictifs à Goma et l’audition immédiate du DG Charles Mudiay Kazadi.
La défense du DG : "l’oiseau rare" qui dérange ?
Arrivé il y a trois ans à la tête de la CNSS, Charles Mudiay Kazadi est décrit par ses partisans comme "l’oiseau rare que tous les chasseurs de mauvais goût cherchent à abattre".
D’après un document de service de communication de la CNSS envoyé à la Rédaction d’Opinion-Info.cd, Charles Mudiay aurait mis fin à une gestion "récréative" basée sur les affinités et a instauré la rigueur pour tous. Deux actes lui sont crédités : la récupération du patrimoine immobilier de la CNSS et la protection des ressources de la Caisse.
Sans rencontrer les graves accusations à charge de leur Directeur général, ce document de deux pages de la direction de communication renseigne plutôt que le management de Charles Mudiay Kazadi a aussi eu un écho international.
« Lors de la 133ème réunion du Bureau de l’Association Internationale de la Sécurité Sociale tenue les 22 et 23 juin 2026 à Genève, il a été désigné Membre du Comité d’examen des candidatures de l’AISS », a noté la direction de communication de la CNSS.
D’après son entourage, la campagne actuelle vise à ternir son image et à le remplacer par un dirigeant plus "docile". Contactée, la direction générale de la CNSS n’a pas encore réagi officiellement à ces allégations. Face aux attaques, le DG aurait choisi le silence et resterait concentré sur la réforme.
L’affaire pose une nouvelle fois la question cruciale de la gouvernance et de la transparence dans les entreprises publiques congolaises, alors que la CNSS est censée être le garant de la sécurité sociale des travailleurs.
Affaire à suivre !