Par Gloire Balolage
Une large majorité de la population riveraine du Graben Albertine s’oppose à l’exploitation pétrolière dans la région. C’est ce que révèle une étude d’opinion inédite menée par le Cadre de Concertation sur les Ressources Naturelles (CdC/RN), qui met en lumière un rejet massif du projet, motivé notamment par des craintes environnementales, sanitaires et culturelles.
Selon le communiqué de presse publié par le CdC/RN, cette plateforme de la société civile engagée pour une gestion transparente et durable des ressources naturelles en République démocratique du Congo a réalisé une étude intitulée « Perception de la population des blocs 1, 2 et 3 sur l’exploitation des hydrocarbures dans le Graben Albertine congolais ». L’enquête s’appuie sur une méthodologie robuste comprenant 1 141 entretiens individuels, des focus groupes ainsi qu’une analyse anthropologique.
Les résultats dévoilent un clivage profond au sein des communautés riveraines des blocs pétroliers. Alors que les projets d’exploitation se multiplient dans cette zone écologiquement sensible, 70 % des habitants expriment une opposition ferme, principalement en raison des risques environnementaux, de la pollution possible et des impacts sur la santé et la culture locales.
L’étude détaille les préoccupations majeures : 75 % redoutent la disparition des écosystèmes aquatiques du lac Albert, 65 % craignent une pollution généralisée et 40 % s’inquiètent des délocalisations susceptibles d’entraîner la perte de leurs moyens de subsistance, notamment la pêche, l’élevage et l’agriculture. Ces inquiétudes s’inscrivent dans un contexte où la préservation de l’environnement occupe une place centrale.
Les chercheurs relèvent également un « climat de méfiance institutionnelle » particulièrement prononcé. Les processus de consultation sont jugés peu inclusifs, les informations sur les risques jugées opaques, et de nombreuses communautés affirment être tenues à l’écart des décisions. Le communiqué souligne que « le processus de consultation est non inclusif : les entreprises échangent des informations au niveau national et provincial, mais la communauté n’est pas associée ».
Face à cette opposition, une minorité de 30 % de la population se déclare favorable aux projets pétroliers. Cette frange, séduite par les promesses économiques, espère la création d’emplois locaux (45 %) et le développement d’infrastructures (35 %). Ce contraste met en évidence un dilemme : les communautés oscillent entre l’espoir d’un développement économique urgent et la crainte de menaces graves pour leur survie socio-environnementale et culturelle.
L’étude va plus loin en évoquant des risques sanitaires majeurs, notamment l’apparition de cancers ou de malformations congénitales, en se référant aux conséquences observées sur les activités pétrolières déjà en cours en Ouganda, avec lequel la RDC partage le lac Albert et la rivière Semliki. Elle souligne également la menace pesant sur la dimension sacrée de la terre, du lac et des rivières, un héritage ancestral souvent ignoré dans les analyses coûts-bénéfices.
Pour les auteurs, les conclusions sont claires : aucun projet d’exploitation dans le Graben Albertine ne peut réussir sans un mécanisme de consultation libre, préalable et éclairée. Ils appellent à une intégration réelle des points de vue des communautés locales dans les prises de décision et insistent sur le respect strict des principes de participation communautaire.
Enfin, l’étude aborde la question de la transition énergétique. Pour les populations consultées, le recours aux énergies renouvelables constitue une alternative viable face au pétrole, notamment dans un contexte mondial de lutte contre le réchauffement climatique et d’exploitation croissante des minerais stratégiques en RDC. Toutefois, son développement demeure freiné par des contraintes économiques, politiques et techniques, nécessitant des investissements importants et des partenariats solides.
Le « graben Albertine » est une zone géographique située dans l'est de la République Démocratique du Congo, chevauchant les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri. Il s'étend autour du lac Albert et du lac Édouard et est connu pour ses ressources potentielles en hydrocarbures.