Par Gloire Balolage
La Coalition « Le Congo N’est Pas À Vendre » (CNPAV) a exprimé, dans un communiqué, sa profonde préoccupation suite à l’annonce de la Direction générale des impôts (DGI) concernant le lancement d’un nouveau modèle de plaque minéralogique sécurisée en République démocratique du Congo. Cette initiative, entrée en vigueur le 6 janvier 2026, s’accompagne, selon la coalition, d’un processus opaque, coûteux pour l’État et chargé de soupçons de favoritisme.
Cette structure dénonce particulièrement les conditions d’attribution du marché public relatif à la fourniture des nouvelles plaques d’immatriculation, connu sous le nom de dossier Plaque V. Les informations recueillies mettent en évidence un déroulement qualifié de « profondément chaotique », marqué par des violations présumées des règles de passation des marchés publics, une opacité persistante et des indices laissant penser à une captation de revenus publics au profit d’intérêts privés.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte historique particulier. Depuis 2009, la société UTSCH Congo bénéficiait d’un partenariat public-privé pour la production des plaques minéralogiques, des cartes roses et d’un système informatique d’identification des véhicules. Bien que le contrat ait officiellement pris fin en 2019, il a été prolongé jusqu’en 2023 à la suite d’un jugement obtenu dans des conditions jugées peu transparentes, entretenant une situation de monopole.
L’arrivée du ministre des Finances, Nicolas Kazadi, avait pourtant engagé une réforme structurelle du secteur. Celle-ci visait notamment la digitalisation des procédures, la réduction des tracasseries administratives et la fixation d’un prix officiel de 120 dollars. La réforme ambitionnait également d’accroître la part revenant au Trésor public et d’ouvrir le marché à plusieurs fournisseurs internationaux, parmi lesquels UTAL, UTSCH Allemagne et Tônjes, à travers un appel d’offres qui semblait initialement bien structuré.
Cette décision a consisté à abandonner la plaque en aluminium au profit du plexiglas, excluant de facto plusieurs entreprises préqualifiées. Selon Africa Intelligence, qui a documenté ces irrégularités dans son article du 28 août 2025, cette procédure aurait été relancée « dans la clandestinité la plus totale, sans publicité ni concurrence », jusqu’à provoquer des contestations devant le Conseil d’État.
Bien que le contrat évoque officiellement 100 000 paires de plaques, des documents internes indiquent qu’un projet initial d’un million de plaques, évalué à 65 millions de dollars, avait été rejeté par la DGCMP, sans que le mécanisme financier ne soit substantiellement modifié. Le CNPAV pointe également un montage financier défavorable à l’État. Bien que le coût de production d’une plaque soit estimé à 30 dollars, le fournisseur belge en percevrait 65, comme dans l’ancien contrat de 2009.
Face aux interrogations entourant l’introduction des nouvelles plaques d’immatriculation en RDC, les autorités financières ont tenu à clarifier le processus. Elles expliquent que la réforme ne concerne pas immédiatement les véhicules déjà immatriculés : seuls les véhicules entrant pour la première fois en circulation sont visés.
L’ancien et le nouveau système coexisteront donc durant une période transitoire, le temps que l’ensemble du dispositif soit pleinement opérationnel. Les spécifications finales de ces nouvelles plaques restent en attente d’un décret du Premier ministre, étape indispensable avant leur mise en vigueur officielle.
Selon la Direction générale des impôts, les nouvelles plaques présenteront des standards techniques plus élevés, avec des dispositifs de sécurité renforcés et des données centralisées dans une base nationale pour faciliter la traçabilité et les contrôles.