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Nord-Kivu : un rapport d’OCHA révèle qu’une faim sévère touche plus de 85 % des ménages dans plusieurs localités de l’axe Mweso–Pinga

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Une famille partageant un repas à table [Photo d’illustration]
Une famille partageant un repas à table [Photo d’illustration]

Par Prosper Buhuru

La situation alimentaire atteint un niveau critique dans plusieurs localités de la province du Nord-Kivu. Dans un rapport basé sur une évaluation rapide menée sur l’axe Mweso–Pinga, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) tire la sonnette d’alarme sur l’ampleur de la crise et appelle à une mobilisation urgente pour éviter une aggravation de la faim dans cette zone.

Cette évaluation, réalisée avec l’appui de l’organisation humanitaire Catholic Relief Services (CRS), met en évidence une détérioration profonde de la sécurité alimentaire dans plusieurs localités, notamment à Rugarama et Kalembe. Les données collectées révèlent que plus de 85 % des ménages interrogés présentent une consommation alimentaire jugée pauvre, signe d’une incapacité à accéder régulièrement à une alimentation suffisante et diversifiée. À Rugarama, ce taux atteint même 100 %, tandis qu’à Kalembe il dépasse 87 %.

L’analyse de l’expérience de la faim confirme cette tendance alarmante. Selon le rapport, 85,6 % des ménages déclarent souffrir d’une faim modérée à sévère, dont près de 28 % en situation de faim sévère. Les niveaux les plus critiques sont observés à Rugarama, où près d’un ménage sur deux est confronté à une faim sévère, et à Kalembe où la proportion dépasse 29 %.

Les mécanismes d’adaptation adoptés par les populations illustrent également la gravité de la crise. L’indice rCSI, qui mesure les stratégies utilisées pour faire face au manque de nourriture, atteint une moyenne de 30,5, bien au-dessus du seuil critique fixé à 19. Dans plusieurs localités, les ménages réduisent la taille des portions, limitent le nombre de repas quotidiens et privilégient l’alimentation des enfants au détriment des adultes.

Le rapport met en évidence une vulnérabilité particulièrement marquée chez certains groupes de population. Les personnes déplacées internes et les ménages retournés figurent parmi les plus touchés. Près de 95 % des ménages déplacés présentent une consommation alimentaire pauvre, tandis que 80 % d’entre eux recourent déjà à des stratégies d’urgence pour survivre.

Les ménages dirigés par des femmes apparaissent également plus exposés. Plus de 91 % d’entre eux connaissent une consommation alimentaire insuffisante, un taux supérieur à celui observé dans les ménages dirigés par des hommes. Dans ces familles, près des trois quarts ont recours à des stratégies d’adaptation considérées comme extrêmes.

Certaines zones concentrent des niveaux particulièrement élevés de vulnérabilité. Kalembe figure parmi les localités les plus affectées en raison d’un accès quasi inexistant aux marchés et d’un environnement sécuritaire dégradé. À Rugarama, les indicateurs liés à la consommation alimentaire et aux stratégies de survie atteignent également des seuils critiques.

Plusieurs facteurs structurels expliquent cette détérioration rapide de la sécurité alimentaire. Le rapport souligne d’abord la perte d’accès aux terres agricoles. Environ 69 % des ménages interrogés déclarent ne plus avoir accès à des parcelles cultivables, une proportion qui atteint 87 % parmi les personnes déplacées. Cette situation limite fortement la production vivrière et accroît la dépendance vis-à-vis des marchés.

Les moyens d’existence sont également fragilisés. Près de la moitié des ménages se tournent désormais vers des activités précaires, comme le travail journalier ou informel, des sources de revenus instables et fortement exposées aux chocs économiques et sécuritaires.

L’accès aux marchés constitue un autre obstacle majeur. À Kalembe, l’absence de marché local oblige les habitants à se rendre à Kashuga pour se procurer des denrées alimentaires. Les marchés y fonctionnent de manière irrégulière, avec une offre limitée et des coûts de transport élevés, ce qui entraîne une hausse des prix et une baisse du pouvoir d’achat des ménages.

À ces difficultés s’ajoutent des contraintes de liquidité et un accès limité aux services financiers. Le rapport note la fermeture de plusieurs institutions financières dans la zone et un accès restreint aux services de mobile money, utilisé par seulement 42 % des ménages. Dans certaines localités comme Kalembe, plus de 60 % des familles n’y ont pas accès. La possession de téléphones reste également faible, particulièrement dans les ménages dirigés par des femmes et parmi les personnes déplacées.

Face à cette crise, les populations adoptent des stratégies de survie de plus en plus extrêmes. La majorité des ménages déclarent emprunter pour se nourrir, envoyer certains membres de la famille manger ailleurs ou vendre des biens domestiques. D’autres retirent leurs enfants de l’école, réduisent les dépenses de santé ou mendient pour subvenir aux besoins alimentaires.

Concernant les formes d’aide attendues, la grande majorité des ménages interrogés expriment un besoin prioritaire d’assistance alimentaire. Beaucoup se disent favorables à des transferts monétaires. Toutefois, compte tenu des risques liés à l’insécurité et aux dysfonctionnements des marchés locaux, le rapport recommande plutôt des coupons alimentaires ou des foires alimentaires encadrées, afin de garantir un accès sécurisé aux denrées de base.

Pour les acteurs humanitaires, ces résultats confirment l’urgence d’une réponse rapide et coordonnée, afin d’éviter une aggravation de la crise alimentaire dans cette partie du Nord-Kivu.

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Lundi 9 mars 2026 - 11:40