Par la Rédaction
C’est l’épreuve de force. Face à 10 mois d’arriérés de salaire pour le personnel administratif et 12 pour le personnel politique, le banc syndical urbain de Kinshasa a reconduit sa grève radicale et sèche. Cela, malgré les négociations qui ont accouché d'une souris entre le banc syndical et l'Exécutif provincial représenté par l'argentier kinois, Magloire Kabemba. "Les droits s'arrachent et ne se négocient pas. La rémunération est une obligation de l'employeur et non une faveur", claironnent les délégués syndicaux. Du coup, la mégapole plonge dans une paralysie totale. Au-delà du conflit social, c’est toute la gouvernance de la capitale qui vacille.
Le bras de fer entre le gouvernement provincial de Kinshasa et le personnel urbain se durcit. Et pour cause ? Les négociations, vendredi dernier, entre le banc syndical et l'Exécutif provincial, menées par l'argentier kinois, Magloire Kabemba, n'ont pas abouti.
Situation salariale chaotique du personnel urbain
Sur la table de négociations, l'intersyndicale de l'administration publique urbaine de Kinshasa, par l'entremise de son président, David Delord Luyeye Ngongite, a présenté les points de revendications du personnel urbain tant administratif que politique.
Dans l'ensemble, dix (10) mois d'arriérés de salaire, dont sept (7) pour l'année 2025 et trois (3) pour l'exercice 2026 en cours. Côté personnel politique, douze (12) mois d'arriérés de salaire au total.
Le président de l'intersyndicale de l'administration publique urbaine de Kinshasa a rappelé à l'argentier kinois que pour les seuls deux premiers mois de l'année 2026, à savoir janvier et février, les services d'assiette de l'hôtel de ville de Kinshasa ont mobilisé les recettes à hauteur de 59 milliards CDF.
"Pour les recettes fiscales du mois de janvier 2026, elles se chiffrent à 24 milliards 831 millions CDF, et celles de février de la même année s'élèvent à 14 milliards 790 millions CDF. En ce qui concerne les recettes non fiscales, la mobilisation tourne autour de 9 milliards 174 millions 940 milles CDF pour le mois de janvier 2026 et de 9 milliards 374 millions CDF pour février de la même année", a révélé David Delord Luyeye Ngongite.
Fort malheureusement, déplore le président de l'intersyndicale de l'administration publique urbaine de Kinshasa, malgré cette maximisation accrue des recettes par les services d'assiette en début de l'année 2026, le gouvernement provincial peine à payer les arriérés de salaire du personnel urbain tant administratif que politique.
Les exigences modestes du banc syndical
Pour autant, l'intersyndicale a exigé du gouvernement provincial le paiement, dans un premier temps, des quatre (4) mois jusqu'à ce qu'il va apurer tous les mois de retard. David Delord Luyeye Ngongite a même indiqué que l'enveloppe mensuelle de la paie du personnel administratif et politique étant à hauteur de 5 milliards CDF, le gouvernement provincial peut, si volonté il y a, payer les quatre (4) mois exigés sans problème, avec les seules recettes mobilisées par les services d'assiette de Kinshasa pour les mois de janvier et février 2026.
"Mauvaise volonté politique du gouvernement provincial"
Contre toute attente, le ministre provincial des Finances, Magloire Kabemba, a informé les représentants syndicaux que l'Exécutif provincial a pris des dispositions pour ne payer que deux (2) mois au cours de la semaine prochaine, soit le mercredi 29 avril 2026. Pendant ce temps, les banques payeuses n'ont, jusqu'à ce jour, même pas encore décidé sur les modalités de paiement. Ce qui, aux dires de David Delord Luyeye Ngongite, met en doute l'exécution effective de la paie, d'une part, et, de l'autre, prouve à suffisance la mauvaise volonté politique du gouvernement provincial de Kinshasa de payer régulièrement l'ensemble du personnel urbain et d'apurer de manière responsable les arriérés de l'année 2025.
Maintien de la grève radicale et sèche
Non satisfait de cette logique des autorités provinciales au regard des arriérés et retards importants qu'accuse le personnel tant politique qu'administratif urbain, l'intersyndicale de l'administration publique urbaine, réunie en session spéciale juste après les discussions avec le ministre provincial des Finances, a imputé les responsabilités à l'Exécutif provincial qui ne mesure pas les difficultés qu'éprouvent les agents publics urbains durant cette période des vaches maigres. En conséquence, l'intersyndicale campe sur sa position : maintien de la grève radicale et sèche à travers toute l'étendue de la Ville de Kinshasa. Pas de service minimum tant que les arriérés de salaire ne seront pas payés.
Convocation de l'assemblée générale
Par la même occasion, l'intersyndicale a convoqué tous les agents de différentes catégories, à savoir les divisions urbaines, les régies, les cimetières et les morgues de la Ville de Kinshasa, à une assemblée générale prévue le lundi 27 avril 2026, à 7 heures précises, à l'hôtel de ville de Kinshasa, munis de sifflets, vuvuzelas, rameaux et croix pour faire pression à l'autorité urbaine jusqu'à obtenir le paiement des 4 mois exigés.
L'intersyndicale invite aussi les directeurs, les chefs de division, les chefs de bureau, les notaires, les comptables, les mandataires, ainsi que les chauffeurs conducteurs de véhicules des services publics, en l'occurrence ceux de la Raskin, les sapeurs pompiers et tant d'autres, conscients des mauvaises conditions de travail de leurs services respectifs, à rehausser de leur présence cette assemblée générale, afin de faire entendre leurs voix; car, cela est conforme à la loi.
Par ailleurs, tous les services de sécurité sont priés de prendre toutes les dispositions nécessaires pour sécuriser les manifestants qui sont dans leurs droits reconnus par la Constitution de la République démocratique du Congo et les instruments juridiques tant nationaux qu'internationaux.
En attendant le dénouement de la situation, les bureaux resteront fermés jusqu'à nouvel ordre, a-t-on appris de sources syndicales de la ville de Kinshasa.