Par Denise Kyalwahi
Après plusieurs années marquées par les violences et les tensions, les communautés du secteur de Walendu Tatsi et de la chefferie de Bahema Banywagi, dans le territoire de Djugu, en province d'Ituri, amorcent un retour progressif à la coexistence pacifique. Cette avancée est le fruit des initiatives du Réseau des femmes médiatrices (REFEMI), soutenu par la MONUSCO.
Depuis plus de cinq ans, ces communautés vivaient dans un climat de méfiance alimenté par des attaques meurtrières, des violences sexuelles, des pillages ainsi que des conflits liés à la destruction des champs par le bétail. Les groupements de Tsala et Tambaki, du côté de Bahema Banywagi, ainsi que Penyi et Bedu-Ezekere, dans le Walendu Tatsi, figuraient parmi les zones les plus touchées.
Face à cette situation, le REFEMI, avec l’appui de la Section Genre de la MONUSCO, a organisé plusieurs séances de dialogue communautaire et intercommunautaire afin de rapprocher les différentes parties. Ces échanges ont permis d’identifier les principales causes des tensions et de rechercher ensemble des solutions durables.
Pour Marthe Dheve, facilitatrice du processus, ces rencontres ont contribué à changer les perceptions entre les communautés. Selon elle, le dialogue a aidé chacun à mieux comprendre les souffrances vécues par l’autre et à reconnaître l’importance de construire des solutions communes plutôt que d’entretenir les divisions. Elle rappelle également que la médiation vise avant tout à rapprocher les parties sans désigner ni vainqueur ni vaincu.
Aujourd’hui, plusieurs signes témoignent de cette amélioration du climat social. Les marchés sont de nouveau fréquentés par les différentes communautés, les éleveurs circulent sans incident majeur et des jeunes collaborent désormais sur les sites miniers aurifères.
Paul Mandro Gokpa, président de la société civile de Bedu-Ezekere, estime que la cohabitation pacifique devient progressivement une réalité dans la région. De son côté, Alain Rubenga, responsable de la Section Genre de la MONUSCO à Bunia, souligne que la reprise des échanges économiques et sociaux démontre qu’il est possible de reconstruire la confiance entre les populations.
Afin de consolider ces acquis, un comité mixte chargé du suivi des engagements a été créé. Composé de représentants des deux communautés, il a bénéficié de formations en médiation, en alerte précoce et en organisation de dialogues communautaires.
Les acteurs engagés dans ce processus rappellent toutefois que la paix demeure un travail quotidien, qui exige une écoute mutuelle, le respect des engagements et des actions concrètes pour renforcer durablement la cohésion sociale en Ituri.