Par Gloire Balolage
La compréhension de l’origine d’une épidémie constitue souvent un élément déterminant pour améliorer les mécanismes de surveillance sanitaire et renforcer la capacité de réaction des autorités face aux crises de santé publique. En République démocratique du Congo, de nouvelles révélations sur les débuts présumés de la 17ᵉ épidémie d’Ebola apportent un éclairage inédit sur les circonstances ayant précédé sa déclaration officielle.
Une enquête de terrain indique que cette 17ᵉ épidémie aurait commencé au moins quatre mois avant son annonce officielle par les autorités sanitaires. Les premiers foyers seraient apparus dès janvier 2026 dans la cité minière de Mongbwalu, en Ituri, avant que la maladie ne se propage progressivement dans cette localité.
Selon nos confrères d’Actualité.cd, qui relaient les conclusions de cette enquête publiées par la revue Science, l’analyse a été réalisée par trois chercheurs ayant interrogé 97 personnes à Mongbwalu et dans ses environs. Parmi les personnes rencontrées figurent des soignants, des responsables communautaires, des survivants, des proches de victimes, des fabricants de cercueils ainsi que des gardiens de cimetière. L’étude, qui n’a pas encore été publiée dans une revue scientifique, estime que l’épidémie aurait débuté en janvier, voire plus tôt, et que plus de 500 cas suspects seraient survenus entre la mi-janvier et le 15 mai, date de la déclaration officielle de l’épidémie.
Pour reconstituer les premiers mois de propagation, les chercheurs se sont appuyés sur plusieurs sources d’information, notamment des entretiens, des dossiers médicaux, des photographies, des échanges WhatsApp, des notes de médecins ainsi que des biographies lues lors des funérailles. Ces différents éléments leur ont permis d’identifier plusieurs décès et symptômes compatibles avec la maladie à virus Ebola.
L’enquête décrit une transmission déjà importante avant la reconnaissance officielle de l’épidémie. Les chercheurs évoquent plusieurs chaînes de contamination au sein des familles, des décès enregistrés parmi les soignants, la fermeture de certaines structures sanitaires privées ainsi qu’un cimetière où jusqu’à vingt enterrements par jour auraient été enregistrés. Selon leurs conclusions, treize agents de première ligne, dont des infirmiers, des sages-femmes et des volontaires de la Croix-Rouge, seraient décédés, tandis que quarante-deux autres seraient tombés malades avant de guérir.
Le rapport avance également plusieurs facteurs susceptibles d’avoir retardé le déclenchement de l’alerte sanitaire. D’après les chercheurs, les premiers décès auraient été attribués par une partie de la population à d’autres maladies comme le VIH/sida, la tuberculose ou encore aux conditions de travail dans les mines artisanales d’or. Ils évoquent aussi des croyances d’ordre mystique ainsi qu’une « culture du secret », certaines structures sanitaires privées ayant, selon eux, hésité à signaler les cas par crainte d’être tenues pour responsables ou de subir des sanctions.
Interrogée par Science, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a financé cette enquête, précise que l’objectif n’était pas d’identifier un « patient zéro », mais de mieux comprendre les débuts de l’épidémie du point de vue des communautés concernées. Des experts indépendants cités par la revue estiment qu’une détection tardive a probablement compliqué la riposte. L’épidémiologiste de Médecins sans frontières (MSF), Manuel Albela, considère notamment que si l’épidémie avait pu être contenue à Mongbwalu, son contrôle aurait été beaucoup plus facile. De son côté, le biologiste évolutionniste Andrew Rambaut juge également plausible un début de l’épidémie dès janvier 2026.
Pendant ce temps, la lutte contre Ebola se poursuit dans les cinq provinces encore affectées, à savoir le Haut-Uélé, l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et la Tshopo. Selon le point de situation arrêté au 29 juillet 2026, la République démocratique du Congo totalise 3 532 cas confirmés, dont 807 patients encore en isolement ou hospitalisés et 626 personnes déclarées guéries. L’épidémie a déjà causé 1 556 décès, soit un taux de létalité de 44,1 %.
Les autorités poursuivent les opérations de surveillance, de sensibilisation et de prise en charge dans les 49 zones de santé concernées, avec l’appui des équipes de communication sur les risques et d’engagement communautaire, des relais communautaires et des équipes déployées aux différents points d’entrée afin de renforcer la prévention et la confiance des populations.