Guerre dans l'Est de la RDC : entre « journalisme patriotique » et droit à l'information, Nicaise Kibel'Bel Oka appelle à la rigueur !

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Nicaise Kibel’Bel Oka, journaliste d’investigation en RDC et directeur du journal Les Coulisses
Nicaise Kibel’Bel Oka, journaliste d’investigation en RDC et directeur du journal Les Coulisses

Par la Rédaction

En République démocratique du Congo, l'accès à une information fiable demeure un enjeu majeur, particulièrement dans un contexte marqué par la crise sécuritaire dans l'Est du pays. À l'occasion de la Journée internationale du droit d'accès à l'information, célébrée chaque 28 septembre, la question de la responsabilité des journalistes dans la collecte, le traitement et la diffusion de l'information se pose avec une acuité particulière.

Dans un entretien exclusif accordé à Opinion-info.cd, ce lundi 28 septembre 2026, Nicaise Kibel'Bel Oka, journaliste d'investigation en RDC et directeur du journal Les Coulisses, estime qu'en période de crise, le citoyen congolais a besoin d'une information capable de lui permettre de comprendre la situation et d'adopter un comportement responsable. Selon lui, le journaliste doit notamment expliquer les origines et les causes de la crise, tout en veillant aux conséquences que peut produire l'information diffusée auprès du public.

Pour Nicaise Kibel'Bel Oka, cette responsabilité repose en premier lieu sur le journaliste lui-même, sa conscience professionnelle et sa déontologie. Il souligne que toutes les informations recueillies ne peuvent pas nécessairement être publiées telles quelles. Le journaliste doit, selon lui, procéder à un travail de traitement et d'appréciation avant publication, notamment lorsqu'une information est susceptible de démoraliser ceux qui se trouvent au front ou d'avoir des conséquences négatives sur la population. Il insiste ainsi sur la nécessité de distinguer l'information utile de la rumeur, de la désinformation et de la propagande.

Abordant la notion de « journalisme patriotique », le directeur de _Les Coulisses_ associe le patriotisme à l'attachement à la patrie et à la volonté de la protéger. Il précise toutefois que le patriotisme n'exclut pas la critique. À ses yeux, un journaliste peut critiquer le gouvernement ou les actions des autorités, à condition que cette critique soit objective et ne soit pas motivée par la volonté de critiquer pour critiquer. Dans le même temps, il appelle les journalistes à maintenir des contacts avec les autorités militaires et politiques afin de confronter les informations recueillies auprès de différentes sources.

Cette confrontation des sources constitue, selon lui, un principe essentiel du travail journalistique. Une information ne devrait pas être publiée directement sur la base d'une seule version. Le journaliste doit rechercher d'autres sources, poser des questions et vérifier les éléments dont il dispose afin d'en établir le bien-fondé. Nicaise Kibel'Bel Oka évoque également la notion d'« opportunité » de l'information : avant de rendre une information publique, le journaliste doit prendre en compte ses différents paramètres, notamment lorsque celle-ci concerne des opérations militaires ou des questions particulièrement sensibles.

La distinction entre une information opérationnelle et une information d'intérêt public constitue, dans ce cadre, un autre enjeu. Nicaise Kibel'Bel Oka estime qu'une information opérationnelle liée aux activités de l'armée peut nécessiter discrétion et prudence lorsqu'une divulgation risque d'avoir des conséquences sur les opérations. Mais il rappelle parallèlement que la décision de ne pas publier une information d'intérêt public ne peut pas être automatique. L'appréciation relève, selon lui, du travail de la rédaction et de la conscience professionnelle du journaliste, qui doit mesurer l'opportunité de porter ou non une information à la connaissance du public.

Concernant la communication des autorités congolaises sur la situation sécuritaire, le journaliste d'investigation estime que les professionnels des médias disposent de plusieurs interlocuteurs officiels, notamment au sein du gouvernement et des institutions chargées des questions de sécurité. Il considère toutefois que les journalistes doivent davantage solliciter et interpeller ces autorités. Le fait qu'une autorité ne réponde pas à un appel ne devrait pas, selon lui, conduire automatiquement à publier une information sans vérification. Pour lui, les sources doivent être diversifiées, qu'elles soient militaires, gouvernementales ou issues d'autres acteurs.

Il appelle également les médias à ne pas transformer les communiqués officiels en simples espaces de relais. Un communiqué, explique-t-il, doit être traité par le journaliste et replacé dans son contexte. Le professionnel des médias doit notamment être capable de distinguer une communication officielle, une propagande, une rumeur, une désinformation et une information vérifiée.

Il estime que le journaliste n'est pas un relais automatique du gouvernement ou des services de sécurité et qu'il doit conserver son exigence d'objectivité, d'impartialité et de neutralité. Les conférences de presse et les interventions publiques des autorités constituent, selon lui, des occasions pour les journalistes de poser des questions et d'obtenir des précisions.

Sur la couverture des abus commis pendant le conflit, Nicaise Kibel'Bel Oka considère que les violations des droits humains doivent pouvoir être rapportées, notamment lorsqu'il s'agit de violences sexuelles. Mais il souligne que l'accès aux sources peut constituer une difficulté, particulièrement dans les zones affectées par le conflit. Là encore, il préconise la confrontation des versions et la recherche de responsables ou d'interlocuteurs capables d'apporter des éléments complémentaires. Pour lui, même lorsqu'une source affirme détenir une partie de la vérité, le journaliste doit rester prudent, flexible et rigoureux, y compris lorsqu'il doit rectifier une information publiée à la suite d'une erreur ou d'une source qui l'aurait induit en erreur.

Au terme de son analyse, Nicaise Kibel'Bel Oka place ainsi la conscience professionnelle au centre du travail journalistique en période de crise. Le journaliste, rappelle-t-il, est responsable de ce qu'il publie et doit constamment s'interroger sur les conséquences de son information pour la population. Cette exigence de responsabilité doit, selon lui, accompagner l'objectivité, la rigueur, la confrontation des sources et la déontologie, afin que l'accès à l'information contribue à éclairer la conscience citoyenne plutôt qu'à alimenter la confusion, la démoralisation ou les tensions.

Cette Journée internationale du droit d'accès à l'information, proclamée par l'UNESCO et reconnue au niveau des Nations unies, met notamment l'accent en 2026 sur l'intégrité de l'information et la lutte contre le désordre informationnel.

Lundi 28 septembre 2026 - 16:26