Par Gratis Makabi
Amnesty International et la société civile de la République démocratique du Congo (RDC) ont lancé la campagne « 6 millions de voix pour la justice au Congo », jeudi 1er octobre 2026 à l'échangeur de Limete à Kinshasa, pour une durée de deux ans, dans le but de réclamer justice pour les victimes des crimes commis depuis 30 ans.
Interrogé par Opinion-info.cd après la manifestation, le chargé de campagne Christian Lumu a indiqué qu'Amnesty International lutte contre l'impunité en RDC et que toutes les personnes suspectées dans les massacres commis pendant les 30 dernières années doivent faire face à la justice.
« Nous avons demandé aux autorités compétentes, notamment les autorités congolaises et aussi des instances de justice comme la CPI et d'autres instances, de faire des investigations plus approfondies et qu'elles puissent maintenant prendre des actions concrètes contre ces personnes-là. Le Groupe Lotus documente le dossier de Kisangani et va transmettre les noms des auteurs de crimes aux parquets congolais et à la CPI, mais normalement ce sont ces juridictions qui doivent enquêter et poursuivre ces dossiers », a-t-il déclaré.
Concernant le dialogue convoqué par le Président Félix-Antoine Tshisekedi, Amnesty International encourage l'initiative à condition que les droits humains soient mis au centre de ces discussions, pour voir comment atténuer les souffrances des populations de ces trente dernières années.
« Pour nous, c'est très important que toute initiative qui aide à promouvoir les droits humains, qui aide à protéger les droits humains, c'est une initiative qu'on peut encourager. Et donc si à travers le dialogue inclusif, les Congolais se mettent ensemble pour discuter et qu'ils mettent les droits humains au centre de ces discussions-là, ce sont des initiatives à encourager. Mais bien sûr, nous sommes concernés par ce que nous avons observé, par exemple avec les deux dernières manifestations organisées par l'opposition et de la manière dont elles ont été réprimées ou dispersées. Et donc ce sont des points de tension où nous sommes vraiment très concernés de la manière dont certaines de ces manifestations sont gérées. Donc ce serait un peu difficile d'avoir d'un côté un argument où on lutte contre l'impunité et de l'autre côté de continuer à voir des actions qui violent les droits fondamentaux des personnes. Je pense que l'un des participants ici a mentionné les noms des personnes qui sont toujours détenues en ce moment ou qui critiquent l'approche du gouvernement. Donc ce serait un peu contradictoire.
Au sujet du fait qu'une partie de l'opposition congolaise conditionne sa participation au dialogue convoqué par le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo à la présence du M23, Amnesty International demande que le processus soit inclusif pour que la crise sécuritaire soit résolue.
« On n'a pas une opinion spécifique sur qui doit être sur la table des négociations, mais c'est aux Congolais de définir qui doit être là. Et l'important, c'est que ça soit un processus inclusif, ça soit un processus qui aide à arriver à un point où les droits humains sont mis au centre de ces discussions-là. Donc c'est ça notre contribution. Nous ne sommes pas dans la politique politicienne, nous sommes dans la politique qui met en place ou qui veut protéger les droits humains. Donc si les Congolais veulent que tout le monde soit sur une même table pour trouver des solutions aux crises répétées que le pays a traversées, tant mieux. Et si cela se fait, notre exigence, notre seule exigence, c'est que les droits humains, la lutte contre l'impunité, les victimes soient centrés sur ces discussions-là. Merci beaucoup », a-t-il conclu.
Pour rappel, Amnesty International est un mouvement mondial indépendant qui regroupe plus de 10 millions de personnes militant pour le respect et la défense des droits humains. Il a pour mission et objectifs d'enquêter sur les violations des droits humains, d'alerter le grand public et les médias pour faire pression sur les dirigeants, et de combattre pour l'abolition de la torture, la libération des prisonniers d'opinion et le respect de la Déclaration universelle des droits de l'homme.