Cancer du sein et du col de l’utérus en RDC : le dépistage à grande échelle face au défi de la prise en charge

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Par Patrick Kitoko

Plus de 20 000 cas de cancer rapportés chaque année, une vaste campagne de dépistage annoncée et, en toile de fond, un système de soins encore confronté à des difficultés d’accès au diagnostic et aux traitements. En RDC, Octobre Rose remet au premier plan la question de la détection précoce des cancers du sein et du col de l’utérus.

Le mois d’Octobre Rose s’ouvre en République démocratique du Congo sur un message de sensibilisation porté par le ministre de la Santé publique, Dr Roger Kamba. Dans une vidéo, le ministre invite les femmes à se faire dépister, particulièrement contre deux cancers : celui du sein et celui du col de l’utérus.

« Plus de 20 000 cas sont rapportés chaque année », a déclaré Roger Kamba, mettant en évidence le poids de ces pathologies dans le pays.

Pour le gouvernement et ses partenaires, l’objectif de cette campagne est de ne pas attendre l’apparition de symptômes ou l’aggravation de la maladie pour intervenir. Une campagne de dépistage gratuit est prévue à partir de ce jeudi 1er octobre, avec des objectifs particulièrement importants : plus de 5 000 femmes pour le cancer du sein et plus de 900 000 femmes pour le cancer du col de l’utérus.

Le dépistage, première bataille

L’enjeu dépasse toutefois la seule sensibilisation. Pour les spécialistes de santé publique, détecter une maladie à un stade précoce constitue l’une des conditions essentielles pour améliorer les chances de traitement. L’OMS rappelle que le diagnostic précoce permet généralement d’améliorer l’efficacité des traitements, de réduire les complications et de limiter les retards dans la prise en charge. Pour le cancer du col de l’utérus, le dépistage peut en outre permettre d’identifier des lésions précancéreuses avant qu’elles n’évoluent vers un cancer invasif.

En RDC, cette question revêt une importance particulière. Selon l’OMS, environ 9 000 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus et près de 6 000 décès liés à cette maladie avaient été enregistrés en 2022. L’organisation souligne parallèlement que la prévention, le dépistage et le traitement peuvent contribuer à réduire considérablement le poids de cette maladie.

Quand le dépistage existe, encore faut-il pouvoir poursuivre les soins

Derrière les chiffres annoncés pour cette campagne se pose donc une autre question : que se passe-t-il après un dépistage positif ?

Le parcours d’une patiente ne s’arrête pas au dépistage. Un résultat suspect doit être confirmé par des examens complémentaires, puis, en cas de cancer avéré, déboucher sur une orientation vers un service capable d’assurer la prise en charge.

C’est précisément l’un des défis identifiés par l’OMS en Afrique. Dans une orientation publiée le 21 septembre 2026, l’organisation relève que les retards dans le diagnostic et le traitement conduisent encore de nombreuses femmes à être diagnostiquées à des stades avancés du cancer du sein, lorsque les traitements deviennent plus complexes, plus coûteux et moins efficaces.

La question de l’accès aux soins spécialisés devient ainsi indissociable de celle du dépistage. Une campagne massive ne peut produire tout son impact que si les femmes chez qui une anomalie est détectée peuvent ensuite accéder à un diagnostic fiable, à un traitement adapté et à un suivi.

Des structures mobilisées à Kinshasa

Pour cette campagne, plusieurs établissements publics et partenaires sont annoncés comme points de dépistage. Il s’agit notamment du Centre Hospitalier Universitaire du Cinquantenaire-Kinshasa, de l’Hôpital Biamba Marie Mutombo, du Centre Hospitalier de Monkole et du Centre Hospitalier Nganda.

Cette mobilisation traduit la volonté de rapprocher les services de dépistage des populations. Mais elle pose également la question de la couverture géographique d’une opération qui vise des centaines de milliers de femmes pour le cancer du col de l’utérus.

Le défi consiste donc à passer d’opérations ponctuelles à une offre de prévention et de diagnostic régulière, accessible et durable, y compris au-delà des grands centres urbains.

Le cancer du col : prévenir avant de traiter

Le cancer du col de l’utérus présente une particularité importante : une partie substantielle de sa prévention repose sur la lutte contre le papillomavirus humain (HPV), principal facteur infectieux associé à la maladie.

L’OMS considère aujourd’hui la vaccination contre le HPV, le dépistage des lésions précancéreuses et leur traitement comme des éléments essentiels de la stratégie d’élimination de ce cancer.

La RDC a d’ailleurs engagé des initiatives visant à renforcer cette lutte. En janvier 2026, l’OMS avait annoncé l’appui d’un programme financé par la Banque mondiale à l’introduction du vaccin contre le HPV dans le pays.

L’approche ne peut donc être limitée à Octobre Rose. Elle implique également la vaccination, l’information des jeunes filles et des familles, le dépistage régulier des femmes concernées et la capacité du système sanitaire à traiter rapidement les lésions détectées.

Le cancer du sein, autre urgence

Pour le cancer du sein, la détection précoce constitue également un enjeu majeur. L’OMS souligne que la sensibilisation aux signes et symptômes, l’évaluation clinique rapide et l’orientation vers le diagnostic et le traitement peuvent contribuer à éviter que les patientes n’arrivent à l’hôpital à un stade avancé.

Dans ce contexte, l’objectif annoncé de plus de 5 000 femmes dépistées pour le cancer du sein constitue une étape de sensibilisation et de détection. Mais là encore, le véritable impact dépendra de la capacité à assurer la continuité du parcours de soins pour les femmes présentant une anomalie.

D’Octobre Rose à une politique permanente

Octobre Rose permet chaque année de remettre la prévention du cancer féminin au centre du débat public. En RDC, la campagne lancée par le ministère de la Santé intervient dans un contexte où le besoin de dépistage reste important et où l’accès aux soins spécialisés demeure un défi.

L’enjeu est donc double : amener davantage de femmes à se faire dépister et renforcer, en parallèle, toute la chaîne qui suit le dépistage. Car dépister une femme sans pouvoir lui garantir rapidement la confirmation du diagnostic, l’orientation vers un spécialiste et l’accès au traitement risque de laisser inachevée une partie essentielle de la lutte contre le cancer.

Pour les autorités sanitaires, les partenaires et les établissements mobilisés, Octobre Rose constitue ainsi une occasion de sensibiliser et de dépister. Pour le système de santé, il représente surtout un test de sa capacité à transformer la détection précoce en prise en charge effective.

L’objectif ultime ne se mesure donc pas uniquement au nombre de femmes dépistées pendant le mois d’octobre, mais aussi au nombre de celles qui, lorsqu’une anomalie est découverte, peuvent effectivement être diagnostiquées, traitées et suivies à temps.

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Jeudi 1 octobre 2026 - 12:43