Par la Rédaction
Le Conseil territorial de la jeunesse de Rutshuru (CTJ Rutshuru) tire la sonnette d'alarme sur des faits présumés de pillage des ressources naturelles et de graves violations des droits humains dans les territoires de Rutshuru et de Masisi, au Nord-Kivu. Dans un rapport de monitoring publié ce lundi 12 octobre 2026, cette structure évoque notamment le transport de pierres calcaires et de sable calcaire depuis la carrière de Biruma vers le Rwanda, des arrestations de civils attribuées aux éléments de l'AFC/M23 ainsi que l'assassinat présumé d'un travailleur humanitaire.
S'agissant des ressources naturelles, le CTJ Rutshuru affirme qu'un dispositif logistique important aurait été déployé depuis le début du mois d'octobre dans la carrière de Biruma, située dans le groupement de Kisigari, en chefferie de Bwisha. Selon les informations recueillies par cette structure, des camions de marques Sinotruk Howo et FAW, dont la capacité est estimée à plus de 20 mètres cubes, seraient utilisés pour transporter les matériaux extraits du site.
Le rapport indique que plus de 30 véhicules seraient mobilisés pour assurer le chargement et l'acheminement de la pierre calcaire et du sable calcaire vers le Rwanda. Ces camions effectueraient des rotations répétées tout au long de la journée entre la carrière de Biruma et le territoire rwandais. Face à ces allégations, le CTJ Rutshuru demande aux autorités congolaises compétentes et aux mécanismes de surveillance concernés de vérifier l'origine et la destination des matériaux, les autorisations d'exploitation et d'exportation, ainsi que l'identité des personnes et des entreprises impliquées.
Par ailleurs, cette organisation dénonce l'arrestation de plus de 30 civils qui seraient détenus dans des conditions inhumaines et dégradantes dans les territoires de Rutshuru et de Masisi. Selon le rapport, ces personnes seraient enfermées dans des cachots souterrains et exposées à des actes de torture et à des bastonnades, avec des conséquences préoccupantes pour leur intégrité physique et leur vie. Ces accusations, rapportées par le CTJ Rutshuru, n'ont toutefois pas été corroborées de manière indépendante dans le document.
Le Conseil territorial de la jeunesse cite notamment le cas de civils qui auraient été arrêtés le 9 octobre 2026 à Bwiza, dans le groupement de Bishusha, en chefferie de Bwito, dans le territoire de Rutshuru. D'après le rapport, ces personnes seraient actuellement détenues à Kitchanga, dans des cachots souterrains. Une autre vague d'arrestations aurait eu lieu le 3 octobre à Burungu, dans le groupement de Bashali, en territoire de Masisi, où les personnes concernées seraient détenues dans des cachots souterrains sur la colline de Burungu. Le document établit un lien présumé entre ces arrestations et un raid qui aurait occasionné des pertes dans les rangs de l'AFC/M23-RDF à Burungu environ deux semaines auparavant.
Le rapport revient également sur la mort d'Ignace Mucyo, un travailleur humanitaire qui aurait été tué le 9 octobre 2026 par des éléments de l'AFC/M23, selon le CTJ-Rutshuru. Il travaillait au sein de l'organisation non gouvernementale CONCERN, où il était chargé de l'accompagnement psychosocial des victimes des conflits armés. La structure exprime sa préoccupation face aux risques auxquels sont exposés les acteurs humanitaires dans les zones affectées par les violences, alors que leur rôle reste essentiel dans l'assistance aux populations civiles.
Face à ces différents faits, le CTJ-Rutshuru exige la libération immédiate et inconditionnelle des civils qui seraient détenus arbitrairement. Il appelle également à l'ouverture d'enquêtes indépendantes et crédibles sur les arrestations signalées, les allégations de torture et la mort d'Ignace Mucyo, afin que les responsabilités soient établies. L'organisation exhorte par ailleurs les acteurs humanitaires, les mécanismes de protection des droits humains et les autorités compétentes à prendre des mesures urgentes pour protéger les civils et les travailleurs humanitaires dans le territoire de Rutshuru et ses environs.
À travers ce rapport, le Conseil territorial de la jeunesse de Rutshuru réaffirme son engagement en faveur de la défense des droits humains, de la protection des populations civiles et du respect du droit international humanitaire. Les faits avancés soulèvent également des questions sur le contrôle de l'exploitation des ressources naturelles dans les zones affectées par le conflit et sur la protection des personnes qui y vivent ou y travaillent. Leur établissement définitif nécessite toutefois des vérifications indépendantes permettant de préciser les circonstances des faits dénoncés et d'identifier les responsabilités éventuelles.